Abderrahim Fakir est mort plaqué au sol à Bologne, et la seule question qui vaille n'est pas ce qu'il a fait
- Amine Drissi Boutaybi

- il y a 4 jours
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 14 heures
Un Marocain de quarante-deux ans est mort le 19 juillet pendant une immobilisation policière filmée par des riverains. La presse américaine parle déjà de George Floyd. L'Italie joue plus gros qu'un fait divers.

Ce que montre la vidéo, chacun peut le voir : un homme immobilisé au sol par les forces de l'ordre, à Bologne, le 19 juillet. Cet homme s'appelait Abderrahim Fakir, il avait quarante-deux ans, il était marocain. Il ne s'est jamais relevé.
Ce qui a précédé l'intervention, l'enquête le dira, et elle doit aller au bout. Mais posons la question dans le bon ordre, parce que tout le monde la pose dans le mauvais. La question n'est pas ce qu'Abderrahim Fakir a fait. Un contrôle, une interpellation, même une résistance : rien de tout cela ne porte la peine de mort. Dans un État de droit, la police maîtrise, elle ne tue pas. Le jour où l'issue d'une immobilisation dépend de ce que l'homme au sol est soupçonné d'avoir fait, il n'y a plus d'État de droit, il y a une justice de trottoir.
La presse américaine ne s'y est pas trompée : elle a immédiatement convoqué le précédent George Floyd. Un homme au sol, une caméra de riverain, une mort. L'Amérique a mis des décennies à admettre que ces images posaient une question de système et pas seulement d'accident. L'Europe aurait tort de croire cette conversation réservée aux autres.
Voilà le vrai test pour l'Italie, et l'ambassadeur du Maroc à Rome l'a formulé avec une précision chirurgicale en appelant à la vérité, la justice et la dignité humaine. Le test n'est pas l'incident, c'est la suite. La mort de cet homme déclenchera-t-elle toute la rigueur dont la justice italienne est capable, ou le dossier suivra-t-il la pente douce des affaires qu'on laisse refroidir ? Les responsabilités seront-elles établies, comme Rabat l'a exigé par écrit, ou diluées dans la procédure jusqu'à l'oubli ? L'Italie est un grand pays de droit. C'est précisément pour cela qu'on attend d'elle qu'elle le prouve quand la victime s'appelle Fakir.
Car le Royaume, lui, a fait son travail : ministère mobilisé en quarante-huit heures, enquête exhaustive exigée, consule générale au domicile de la famille. Un État qui compte ses enfants jusque dans les faubourgs de Bologne.
Abderrahim Fakir n'est plus là pour répondre de quoi que ce soit. Ceux qui l'ont plaqué au sol, si. C'est exactement dans ce sens-là que la justice doit maintenant fonctionner.
POUR ALLER PLUS LOIN
Cet article est en accès libre. Les grandes analyses et les récits de fond sont réservés aux abonnés : 9 euros par mois, résiliable en un clic.
Mes livres, mes conférences, mes partenariats : tout se trouve sur mon site web.


