top of page

Mardi soir, le Maroc juif monte à Ouezzane : la hiloula de Rabbi Amram ben Diwan, le pèlerinage qui ne s'est jamais éteint

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Chaque année au 15 du mois de Av, la colline d'Asjen se couvre de bougies, de chants et de pèlerins venus d'Israël, de France et du Canada. Récit d'une fidélité que deux siècles et demi n'ont pas entamée.

Rebbi AMran Ben Diwan

Mardi soir, quand la nuit tombera sur le nord du Maroc, une colline plantée d'oliviers deviendra pour quelques heures l'un des lieux les plus densément juifs du monde.


Asjen, à quelques kilomètres d'Ouezzane. C'est là que repose Rabbi Amram ben Diwan, émissaire venu de Hébron au XVIIIe siècle pour collecter des fonds au profit des communautés de Terre sainte. La mort l'a saisi en tournée, loin des siens. Le Maroc l'a gardé.


Et le Maroc ne l'a jamais lâché. Sa hiloula, l'anniversaire de sa mort célébré dans la joie selon la tradition des justes, tombe le 15 Av. Cette année, le 15 Av commence mardi soir. Des pèlerins arrivent déjà d'Israël, de France, du Canada. Beaucoup n'ont plus aucune famille au Maroc. Ils viennent quand même. On vient chez Rabbi Amram comme on rentre chez soi.


Ce qui se passe sur cette colline échappe aux catégories habituelles. Des familles entières dorment sur place. Des bougies par milliers. Des chants en hébreu et en arabe marocain qui se répondent. Des demandes de guérison, de mariage, d'enfant, déposées au pied du saint comme on les dépose depuis des générations. Les récits de guérisons attribuées au saint se transmettent de mère en fille, et personne ici ne songe à les discuter.


Et un fait que le monde entier devrait regarder : ce lieu juif est gardé, entretenu et veillé toute l'année par des familles musulmanes. Quand les pèlerins repartent, elles restent. Ce sont elles qui balaient la cour, surveillent les tombes, accueillent le visiteur égaré d'un mois de novembre. Cette transmission-là ne fait jamais la une. Elle est pourtant l'une des plus belles choses que ce pays produit.


Le grand pèlerinage public de Rabbi Amram a lieu chaque année à Lag BaOmer, au printemps, quand des milliers de personnes montent à Asjen. La hiloula du 15 Av, elle, est la date anniversaire véritable, plus intime, plus dense. Ceux qui y sont vous le diront : c'est la nuit où la colline parle.


Le calendrier juif ajoute sa propre ironie tendre : le 15 Av, c'est aussi Tou BeAv, la fête de l'amour dans la tradition juive. Sur la colline d'Asjen, mardi soir, personne ne trouvera la coïncidence étrange. Ici, la mémoire et l'amour ont toujours été la même chose.


POUR ALLER PLUS LOIN

Cet article est en accès libre. Les grandes analyses et les récits de fond sont réservés aux abonnés : 9 euros par mois, résiliable en un clic.



Mes livres, mes conférences, mes partenariats : tout se trouve sur mon site web.




bottom of page