top of page


Pourquoi une synagogue marocaine ne sonnait-elle pas comme une synagogue ashkénaze d’Europe ?
Les prières fondamentales étaient celles du judaïsme. Mais au Maroc, des siècles d’histoire locale, l’arrivée des Séfarades d’Espagne, la poésie hébraïque et surtout la musique andalouse ont produit une tradition que l’on pouvait parfois reconnaître dès les premières notes. Il faut commencer par corriger une idée. Les Juifs marocains ne pratiquaient pas une autre religion que les Juifs de Pologne ou d’Allemagne. Le Shema restait le Shema. La Amidah restait la prière centrale.


Pourquoi tant de Juifs marocains portent-ils le nom d’une ville qu’ils ont quittée depuis des siècles ?
Toledano renvoie à Tolède. Alfasi à Fès. D’autres patronymes conservent Murcia, Coria, Zagora ou un village disparu. Chez certaines familles juives marocaines, le nom de famille est devenu une carte géographique miniature. Un homme peut quitter une ville. Ses enfants peuvent naître à mille kilomètres. Ses petits-enfants ne jamais y retourner. La langue familiale peut changer. La nationalité aussi. Puis cinq siècles passent. Et pourtant, chaque fois qu’un descendant donne son


Marock : tout le monde se souvient du sexe. La scène la plus explosive était une étoile de David
En 2006, le film de Laila Marrakchi est accusé de « sionisme », visé par des demandes d’interdiction puis des appels au boycott. Au centre de la polémique, une scène toute simple : Youri, Juif marocain, passe son étoile de David au cou de Rita, musulmane. Vingt ans plus tard, le Maroc choisit la réalisatrice pour le représenter dans la course aux Oscars 2027. Le 2 septembre 2026, le Centre cinématographique marocain choisit La Más Dulce, le nouveau film de Laila Marrakchi, po


1862 : l’école creuse un nouvel écart entre Juifs et musulmans du Maroc.
Avant l’Alliance israélite universelle, Juifs et Musulmans étudiaient déjà séparément. Mais leurs écoles traditionnelles partageaient une logique profonde : transmettre un héritage religieux. Puis une école ouvre à Tétouan. Elle ne crée pas la différence entre les deux communautés. Elle en change progressivement la nature. Imaginez le Maroc vers 1850. Deux garçons vivent peut-être dans la même ville. L’un est musulman. L’autre est juif. Chaque matin, ils partent apprendre. Le


Pourquoi certains Marocains disent qu’Israël leur a « pris » leurs Juifs
On connaît l’antisionisme lié à la Palestine. On connaît celui des idéologies panarabes ou islamistes. Au Maroc, il existe aussi un sentiment beaucoup plus paradoxal : celui de Marocains qui ne reprochent pas aux Juifs d’avoir été marocains, mais au contraire au sionisme d’avoir contribué à les faire partir. C’est précisément pour cela que je refuse de confondre automatiquement antisionisme et antisémitisme. Il existe une phrase qui résume brutalement le sentiment que je veux


Neta Elkayam : quand la darija marocaine devient une musique d’avant-garde
Née en Israël dans une famille venue de Tinghir et de Casablanca, Neta Elkayam a fait de la langue de ses grands-parents autre chose qu’un souvenir. Elle la mêle au jazz, à l’électronique, à la pop, puis revient la chanter au Maroc. Ce mouvement raconte une transformation plus profonde de la culture judéo-marocaine : elle n’est plus seulement conservée, elle recommence à produire du présent. À Netivot, dans le sud d’Israël, la frontière entre Israël et le Maroc passait autref


David Lévy : comment un ouvrier né à Rabat est arrivé au sommet d’Israël
David Lévy n’est pas entré en politique parce qu’il rêvait de devenir ministre. L’un de ses premiers combats commence pour quelque chose de beaucoup plus élémentaire : obtenir de l’eau propre et fraîche pour les ouvriers employés dans les kibboutzim autour de Beit She’an. La grève qu’il organise lui vaut ensuite d’être écarté du marché du travail local. Il cherche du travail ailleurs et finit sur les chantiers de Tel-Aviv. Quelques années plus tard, cet homme né à Rabat siège


Pendant soixante ans, Israël a fait taire la darija des Juifs marocains. Le 22 décembre 2020, il l'a envoyée parler à Sa Majesté le Roi
Un fils d'immigrés marocains a souhaité longue vie au Roi en darija, au Palais de Rabat, au nom d'un État qui avait passé six décennies à faire taire cette langue. Elle n'a pas disparu par oubli. Quelqu'un l'a poussée dehors, et quelqu'un l'a rappelée. Le 22 décembre 2020, au Palais Royal de Rabat, un homme se présente devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il dirige la sécurité nationale d'Israël. Il est arrivé le matin par le premier vol commercial direct entre Tel-Aviv et l


Paul Marciano, fils de rabbin de Debdou, a fondé Guess à Los Angeles en 1981
Quatre frères, un village de montagne dans l'Oriental marocain, une lignée de rabbins. Ils débarquent en Californie sans réseau et inventent le jean qui va habiller l'Amérique. Ce que leur empire doit au Maroc, et pourquoi le Maroc n'en a rien récolté. Regardez l'étiquette de votre jean. Si c'est un Guess, vous portez le travail de quatre frères qui, au début des années 1980, débarquent à Los Angeles sans carnet d'adresses, sans capital américain, sans nom qui ouvre des porte


Voyage de mémoire au Maroc : tu y es attendu, et voici pourquoi
Essaouira, un soir de septembre, à la hilloula de Rabbi Haïm Pinto. Dans le cimetière, des centaines de pèlerins venus d'Israël, de Paris, de Montréal, chantent autour d'un tombeau blanchi à la chaux. À la porte, ce sont des Marocains musulmans qui tiennent l'ordre, portent les chaises, servent le thé. Dehors, une femme de soixante-dix ans, née ici, partie en 1963, pleure sur une ruelle qu'elle avait interdite à ses enfants. Elle n'était jamais revenue. Elle avait peur. Voilà


Juifs et Musulmans du Maroc : le même caftan, le même tagine, les mêmes saints
Rabat, 18 novembre 1941. C'est la Fête du Trône, et la France qui administre le Maroc est celle de Vichy. Des lois viennent d'exclure les Juifs des écoles, des professions, des quartiers européens. Ce jour-là, au palais, devant les officiels français, le Sultan Mohammed V reçoit les dirigeants de la communauté juive avec les notables musulmans, et leur dit ce que Vichy ne veut pas entendre : ils sont ses sujets, au même titre que les autres, et il ne fera pas de différence. I


En 1764, Mohammed III choisit dix familles juives pour faire d’Essaouira le port du Maroc
Le sultan construit une ville neuve sur l’Atlantique, détourne une partie du commerce d’Agadir et recrute une poignée de négociants juifs. Leur mission : connecter le Maroc à l’Europe. En 1764, Essaouira n’est pas encore l’Essaouira que nous connaissons. Le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, Mohammed III, veut créer sur l’Atlantique un port directement contrôlé par le pouvoir central. Il cherche à développer le commerce avec l’Europe mais aussi à mieux maîtriser les échanges


À Fès, des familles musulmanes descendent des Juifs convertis de 1465
Fès, mai 1465. Le sultan mérinide Abd al-Haqq II a un vizir juif, Harun ben Batash. Dans une ville affamée et humiliée, la rumeur suffit : le vizir aurait fait violenter une femme musulmane. La foule se soulève, le vizir est tué, le sultan lui-même est égorgé, et le quartier juif est mis à sac. Ceux qui survivent ont un choix : mourir, partir, ou prononcer la chahada. Des dizaines de familles la prononcent. Cinq siècles plus tard, leurs descendants sont là. Ils sont musulmans


Le grand-père de Richard Attias était le tailleur de Mohammed V. En 1994, le petit-fils a organisé pour Hassan II la conférence qui a créé l'OMC.
Dans les années 50, Mimoun Botbol est l'un des tailleurs de Mohammed V. Sa femme Hannah fournit les épouses du Palais en caftans. Le couple tient, à l'intérieur même des enceintes du Palais royal de Rabat, une boutique où l'on trouve du tissu et de l'épicerie, la seule du genre, où princes et épouses viennent acheter et où le Sultan lui-même vient parler avec son tailleur. Mohammed V le décore du wissam alaouite, parmi les tout premiers. Quarante ans plus tard, en avril 1994,


Fès n'est pas une capitale juive grâce à Maïmonide. Maïmonide est venu à Fès parce qu'elle l'était déjà.
On raconte l'histoire à l'envers. Quand Maïmonide arrive à Fès vers 1160, l'autorité y est fondée depuis un siècle par un homme dont le nom est devenu celui de la ville : Isaac Alfasi, « celui de Fès ». Il a écrit ici le premier code de la loi juive. Le génie avait un maître, et il était fassi. Demandez à n'importe qui pourquoi Fès compte dans l'histoire juive. On vous répondra : Maïmonide. Le plus grand esprit du judaïsme médiéval a vécu ici, a étudié ici, a écrit ici une pa


Le jour où le Maroc a reçu des députés israéliens à Rabat, trente-six ans avant la normalisation de 2020
Les 13 et 14 mai 1984, trente-cinq Israéliens, dont des membres de la Knesset, ont siégé dans la capitale du Royaume sous le nom le plus inoffensif du monde : un congrès de communautés. Le gouvernement marocain au complet était au dîner de clôture. Chaque décembre, on commémore 2020 comme un commencement. Les mieux informés remontent à Ifrane, juillet 1986, quand Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a reçu Shimon Peres. Les deux dates sont vraies. Aucune des deux n'est la première


L'OPÉRATION YACHIN, SANS FARD
En 1961, l'émigration vers Israël est interdite depuis deux ans. Les Juifs marocains partent quand même, de nuit, dans des rafiots. L'un d'eux coule au large d'Al Hoceima : quarante-quatre morts. Un Roi de trente et un ans hérite d'un choix impossible et prend la seule décision qui les fait partir vivants. Ils croyaient partir en pèlerinage. Pour ne pas éveiller les soupçons, un groupe de Juifs de Casablanca annonce qu'il se rend à Ouezzane, sur la tombe du rabbin Amran ben D


Ces noms de famille juifs marocains portent 2 500 ans d'histoire : Fassi, Toledano, Ohayon, Attar, chaque nom est une preuve d'ancrage, et beaucoup sont aussi portés par des Musulmans
Un Toledano à Montréal, un Swiri à Tel-Aviv, un Fassi à Paris : ouvrez l'annuaire de la diaspora et vous lisez la carte du Royaume. Mais le plus fort n'est pas là. Le plus fort, c'est qu'un Fassi juif et un Fassi musulman viennent de la même rue. Le nom, cette archive qu'on ne peut pas brûler On peut fermer une synagogue, vider un mellah, oublier une recette. On ne peut pas retirer son nom à un homme. Les Juifs du Maroc sont partis par centaines de milliers ; ils ont emporté


Pourquoi le Maroc garde un tribunal rabbinique dans ses palais de justice, paie ses juges juifs et signe leurs jugements au nom du Commandeur des croyants
Un citoyen juif marocain qui divorce entre dans le même tribunal que n'importe quel Marocain, monte à la section hébraïque, et un juge rabbinique y applique la loi de Moïse. Le jugement est rendu au nom du Roi, Amir Al-Mouminine. Ce n'est pas une survivance. C'est une architecture. Imaginez la scène. Un tribunal de première instance, à Casablanca. Des avocats en robe noire, des greffiers, des justiciables qui attendent. Un homme franchit la porte. Il ne va ni à la chambre civ


Pourquoi un Roi musulman paie la restauration des synagogues de son pays : l'exception marocaine expliquée
Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Aucun autre État de la région ne fait cela.


Baba Salé, le rabbin né à Rissani sur la terre des Alaouites, dont le tombeau rassemble chaque année en Israël plus de monde que la plupart des fêtes religieuses du pays
Rabbi Israël Abihssira, né en 1889 dans le Tafilalet, mort à Netivot le 4 janvier 1984. Huit générations de rabbins derrière lui, des centaines de milliers de pèlerins chaque 4 Shevat devant lui, et un neveu au gouvernement de Begin.


Non, le Maroc n'est pas une colonie juive. Et cette rumeur dit tout de ceux qui la propagent. (Série Maroc-Algérie, épisode 5 sur 5)
Remettons les pendules à l'heure, point par point, une bonne fois pour toutes. Il y a des rumeurs qu'on ignore, et des rumeurs qu'on démonte. Celle-ci, propagée en boucle depuis certains studios et certains comptes d'Alger, mérite le démontage public : le Maroc serait devenu « une colonie juive », vendu à Israël, gouverné de l'extérieur. Aujourd'hui, on remet les pendules à l'heure. Point par point.


Menahem Begin est né en Pologne. Il a gagné le pouvoir grâce aux Marocains.
Vingt-neuf ans d'opposition, une élite qui le méprisait, et un électorat que personne ne voulait. En 1977, Begin a compris ce que les Marocains d'Israël attendaient : qu'on les regarde. Il n'y a rien de marocain chez Menahem Begin. Né à Brest-Litovsk, formé dans le sionisme révisionniste d'Europe de l'Est, avocat, chef de l'Irgoun, il incarne tout ce que les Juifs marocains ne sont pas. Et pourtant, c'est lui qu'ils ont choisi. Pendant vingt-neuf ans, Begin a perdu toutes les


Léon Benzaquen, le médecin juif que le Roi a fait ministre en 1956
Premier Marocain admis à l'internat de Paris, allié du Sultan à Aix-les-Bains, ministre à l'indépendance. Il n'est jamais parti.
EXPLORER
bottom of page
_edited.png)