Bousbir : pourquoi la France a gardé à Casablanca le quartier de prostitution interdit chez elle
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Un rectangle de 160 mètres sur 150 derrière un mur sans fenêtres, 175 maisons, jusqu'à 680 femmes, entre 1 000 et 1 500 visiteurs par jour, des cartes postales vendues aux touristes, un nom qui est la prononciation marocaine du prénom Prosper, et une fermeture en avril 1955, sept mois avant le retour de Mohammed V.
Le nom d'abord, parce qu'il dit tout. Bousbir, c'est Prosper. Prosper Ferrieu, un Français propriétaire du terrain sur lequel le Protectorat fait construire, en 1923, à l'écart de la médina de Casablanca, un quartier entier réservé à la prostitution. Les Marocains n'ont jamais prononcé Prosper. Ils ont dit Bousbir, et le mot est resté dans la langue de Casablanca pour désigner, aujourd'hui encore, n'importe quel lieu de débauche.
Le quartier ouvre en 1924, sous la Résidence de Lyautey, l'année avant son départ. Il remplace le premier « quartier réservé », installé depuis la guerre près de la médina, que la ville européenne en pleine croissance ne voulait plus voir. L'architecte Edmond Brion, qui construira plus tard les grands immeubles blancs du centre, dessine un faux village marocain : arcades, patios, zelliges, une place, une seule porte. Un mur haut, sans fenêtres, ferme le tout. À l'intérieur, 175 maisons, un cinéma, un hammam, huit cafés, des boutiques, un poste de police, une prison, un dispensaire. À l'intérieur aussi, entre 400 et 680 femmes selon les décomptes, presque toutes marocaines, venues de la Chaouia et de l'Atlas, veuves, orphelines, répudiées, et qui ne pouvaient sortir qu'une fois par semaine, avec un laissez-passer de la police.
Alors la question est simple : pourquoi une puissance qui se disait venue pour « civiliser » a-t-elle construit, dessiné, administré et montré aux touristes un bordel à ciel ouvert ?
Derrière le mur : la doctrine sanitaire du Protectorat et la phrase d'un administrateur sur la « contamination de la population indigène », les chiffres des maladies vénériennes dans l'armée entre 1928 et 1931, le régime exact imposé aux femmes, les cartes postales et le cinéma, la loi française d'avril 1946 et les neuf années d'écart, et ce qui a fermé la porte en avril 1955.
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