top of page


Le Maroc a transformé Delacroix, Matisse et Saint Laurent
En 1832, 1912 et 1966, trois créateurs arrivent au Maroc à des moments radicalement différents de leur vie. Aucun n’y cherche la même chose. Pourtant, tous trois vont intégrer le Royaume à leur manière de voir, de peindre, de composer ou de créer. Le 21 février 1832, Eugène Delacroix se trouve à Tanger. Il n’est pas venu pour peindre une carte postale. Il accompagne une mission diplomatique française auprès du sultan Moulay Abd al-Rahman. L’interprète de la délégation, Abraha


Neta Elkayam : quand la darija marocaine devient une musique d’avant-garde
Née en Israël dans une famille venue de Tinghir et de Casablanca, Neta Elkayam a fait de la langue de ses grands-parents autre chose qu’un souvenir. Elle la mêle au jazz, à l’électronique, à la pop, puis revient la chanter au Maroc. Ce mouvement raconte une transformation plus profonde de la culture judéo-marocaine : elle n’est plus seulement conservée, elle recommence à produire du présent. À Netivot, dans le sud d’Israël, la frontière entre Israël et le Maroc passait autref


En 2016, les musiciens marocains de l'Orchestre d'Ashdod cachaient leur nom. En 2022, le Maroc les a mis sur sa scène nationale
Un orchestre marocain né à Ashdod parce qu'il ne pouvait pas naître à Casablanca. Trente ans plus tard, il joue sous la bannière d'un ministère du Royaume. Ce qui s'est passé entre les deux dates raconte le corridor Maroc-Israël mieux que tous les communiqués. En décembre 2016, un auteur israélien décrit l'Orchestre andalou d'Ashdod et note un détail qu'il ne comprend pas tout à fait. L'orchestre invite des musiciens marocains, de vrais maîtres, venus de Fès, de Casablanca, d


Voyage de mémoire au Maroc : tu y es attendu, et voici pourquoi
Essaouira, un soir de septembre, à la hilloula de Rabbi Haïm Pinto. Dans le cimetière, des centaines de pèlerins venus d'Israël, de Paris, de Montréal, chantent autour d'un tombeau blanchi à la chaux. À la porte, ce sont des Marocains musulmans qui tiennent l'ordre, portent les chaises, servent le thé. Dehors, une femme de soixante-dix ans, née ici, partie en 1963, pleure sur une ruelle qu'elle avait interdite à ses enfants. Elle n'était jamais revenue. Elle avait peur. Voilà


Rouicha est mort le 17 janvier 2012 sans atteindre l'hôpital. Le lendemain, Sa Majesté le Roi a écrit à sa veuve que le Maroc perdait un artiste hors pair.
Mohamed Rouicha, orphelin de Khénifra, a passé cinquante ans sur un instrument avec lequel on demandait l'aumône au coin des souks. Le 17 janvier 2012, il meurt d'une crise cardiaque avant d'arriver à l'hôpital. Le lendemain, un message royal arrive chez sa veuve et son fils : le Maroc perd un artiste hors pair, authentique et créatif. Six mois plus tôt, la langue dans laquelle il chantait était entrée dans la Constitution. Le 1er juillet 2011, les Marocains adoptent par réfé


En 1988, le Maroc était sous tutelle du FMI et douze millions de Marocains ont payé une mosquée.
Le plus petit don était de cinq dirhams. Chaque donateur a reçu un reçu et un certificat. Ce que Sa Majesté le Roi Hassan II a obtenu par la souscription de 1988, aucun ministre des Finances ne l'aurait obtenu par l'impôt. Posez la question à n'importe qui sur l'esplanade de Casablanca. Pourquoi cette mosquée existe-t-elle ? On vous répondra la foi, la grandeur, le prestige. On n'aura pas tort. On n'aura pas fini de répondre. Je vais dire les choses comme je les lis. La mosqu


Pourquoi un Roi musulman paie la restauration des synagogues de son pays : l'exception marocaine expliquée
Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Aucun autre État de la région ne fait cela.


Sidi Frej, l'hôpital de Fès qui soignait les fous par la musique andalouse dès 1286, plus d'un siècle avant l'Europe.
En 1286, un sultan mérinide fonde au cœur de la médina un maristane où l'on soigne les malades de l'esprit par la musique andalouse, les parfums et l'eau qui coule, financé par les habous, gratuit pour les pauvres. Valence le prendra pour modèle en 1410 pour ouvrir le premier asile d'Occident.


Le Roi a présenté ses condoléances à une famille juive de Fès
Il y a des familles connues. Et il y a des dynasties. Chez les Botbol, la musique ne se transmet pas, elle coule dans le sang. Laissez-moi vous raconter trois générations qui ont fait danser le Maroc. Un nom qui était déjà un destin Le patronyme Abitbol, dont Botbol est la variante, signifie littéralement en darija "l'homme au tambour". Quand votre nom de famille désigne un instrument, le hasard n'existe plus. Le patriarche, cheikh Jacob Abitbol, naît en 1917 à Fès, orphelin


Aziz Bakbou est mort, et le Maroc découvre qu'il a inscrit à l'UNESCO une musique que personne n'a jamais écrite
Deux frères maâlems disparus en douze mois dans la même maison de Marrakech. La musique des descendants d'esclaves est reconnue par le monde depuis 2019. Elle tient sur la mémoire de quelques vieillards, et je crois que nous n'avons pas compris ce que cela veut dire. Lundi 31 août, à Marrakech, Aziz Bakbou est mort à 64 ans. En septembre dernier, son frère Mustapha était parti à 72. Deux maîtres, une lignée, un an. La presse a dit « grande figure de l'art gnaoui » et elle a e


Tlemcen a été fondée, assiégée et embellie par des dynasties venues du Maroc, et ses pierres le disent encore
Les trois monuments qui font la fierté de Tlemcen portent des signatures que personne ne veut lire à voix haute. Je vais le faire, calmement, dates en main. Il y a une ville, en Algérie, que l'on surnomme la perle du Maghreb. Sa Grande Mosquée est un joyau. Son saint patron attire les foules. Sa cité en ruine, Mansourah, fascine les photographes. Tlemcen est magnifique, et je le dis sans la moindre ironie : c'est l'une des plus belles villes de notre région. Ma position tient


Albert Suissa : mille chansons, aucune biographie
Un soir de cette semaine, j'ai tapé un nom dans un moteur de recherche : Albert Suissa. Compositeur et interprète de musique judéo-marocaine. Près de mille chansons, selon l'hommage que lui a rendu Maxime Karoutchi lors de la présentation d'un livre sur la musique juive du Maroc. Kont Azri, Zouz Bnat, Ya Leghdara, Al Ktab, Fdiha, Saya Ksira, et des dizaines d'autres, rangées sous un titre d'album d'une modestie qui fait mal : Chansons Marocaine. Mille chansons, c'est plus que


Le Maroc n'a pas inventé la Kabbale. Il a fait quelque chose de bien plus rare.
Au seizième siècle, un homme quitte Safed et s'installe dans une oasis du Tafilalet. Cinq siècles plus tard, ses descendants sont les derniers maîtres kabbalistes vivants que le monde juif suit encore. Voici comment ce pays est devenu le gardien d'un savoir qui n'était pas né chez lui. Il y a une chose que les Marocains ne savent pas, et que des centaines de milliers de personnes dans le monde savent parfaitement. Quand un Juif marocain de Netivot, de Paris, de Montréal ou de


Tikchbila Tiwliwla : enquête sur la comptine que le Maroc chante depuis des siècles sans savoir ce qu'elle dit
Tout Marocain l'a chantée avant de savoir lire. Tikchbila tiwliwla, dans les cours d'école, les mariages, les jeux de rue, de Tanger à Dakhla. Et depuis quelques années, une théorie s'est répandue partout : la comptine serait un chant codé des exilés d'Al-Andalus, Tikchbila voudrait dire Séville, et les enfants marocains répéteraient sans le savoir, depuis quatre siècles, la douleur des Morisques chassés d'Espagne. C'est une histoire magnifique. Mais est-elle vraie ? J'ai fai


Il y a deux Moshe ben Maïmon, le monde n'en connaît qu'un
Le premier est Maïmonide. Le second est né à Taroudant et porte exactement le même nom, parce que son père s'appelait Maïmon lui aussi. En 1575, il écrit un traité kabbalistique majeur sans avoir jamais lu l'enseignement du Ari, qui n'était pas encore arrivé au Maroc.


Les femmes amazighes ont effacé leurs propres tatouages
Pendant des siècles, l'oucham a couvert les visages et les mains dans le Rif, l'Atlas et le Souss. Ce n'était pas de l'ornement : les mêmes motifs géométriques figuraient sur les tapis, la poterie et les remparts des kasbahs. Puis certaines ont brûlé leur peau pour les faire disparaître.


Ce n'est pas une querelle de caftans. C'est un État qui cherche un passé, et il en a trouvé un juste à côté.
Adidas 2022, l'UNESCO 2024, l'UNESCO 2025. Trois épisodes que tout le monde a suivis sans comprendre ce qu'ils avaient en commun. Voici la mécanique, et pourquoi elle ne s'arrêtera pas. Vous avez tous vu passer les polémiques. Le zellige sur un maillot de football. Une photo de caftan de Fès glissée dans un dossier algérien à l'UNESCO. Une pétition sur internet. Des insultes des deux côtés. Et à chaque fois, la même chose se produit : on s'énerve deux semaines, puis on passe.


Le soft power marocain ne ressemble à aucun autre
Une tombe à Fès, des imams diplômés à Rabat, et des mosquées étrangères où l'on prie pour le Roi. Comment le Royaume a bâti deux siècles d'influence sans un soldat. On parle beaucoup de soft power marocain. On cite la cuisine, le tourisme, le football. On passe complètement à côté du vrai. Le soft power le plus puissant du Royaume est religieux, il a deux siècles d'avance sur le concept, et il produit des effets qu'aucune autre puissance au monde ne peut répliquer. Un détail


POURQUOI LE TAMAZIGHT N'A JAMAIS DISPARU
Romains, siècles de brassage, colonisations. La langue amazighe a tout traversé, portée par des gens qui refusaient de l'abandonner.


La Haggadah de Tinghir n'est pas écrite en hébreu
Dans la vallée du Todgha, au pied du Haut Atlas, il existait une communauté juive. Elle vivait à Tinghir, à quelques heures de piste des villes, parmi des villages amazighs, et elle possédait un texte. C'était une Haggadah de Pessah, le récit que l'on lit chaque année à la table du Séder. Deux chercheurs, Paulette Galand-Pernet et Haïm Zafrani, l'ont établie et publiée en 1970. La langue de ce texte n'est ni l'hébreu, ni l'arabe. C'est du tamazight, transcrit en caractères hé


Yves Saint Laurent doit tout à Marrakech, et le Maroc ne le fait pas assez savoir
Le plus grand couturier du vingtième siècle est arrivé au Maroc en 1966 habillé de noir. Il en est reparti avec la couleur, y a dessiné ses collections pendant quarante ans, y a laissé ses cendres. Récit d'une dette que le luxe mondial n'a jamais vraiment soldée. Posez la question à n'importe quel historien de la mode : qu'est-ce qui a changé chez Yves Saint Laurent en 1966 ? La réponse tient en un mot, la couleur. Et la cause tient en un nom, Marrakech. Cette histoire, le mo


Les Gnaoua : ce que le Maroc entend chaque nuit sans savoir ce qu'il écoute
Tout le monde connaît le son : le guembri qui gronde, les qraqeb qui claquent comme des chaînes, la transe qui monte jusqu'à l'aube. On en a fait un festival, une carte postale, une fierté nationale. Mais la musique gnaouie n'est pas un folklore : c'est une archive. L'archive sonore de trois choses que le Maroc porte en lui et qu'il regarde rarement en face : un commerce de mille ans avec l'Afrique, une blessure qui s'appelle l'esclavage, et un génie proprement marocain, celu


Elle n'avait ni terre, ni armes, ni l'alphabet, et c'est elle qu'on chante encore cent trente ans après
En 1895, dans les plaines d'Abda, une femme analphabète nommée Hadda a tenu tête à l'homme le plus puissant de la région avec des poèmes appris par cœur. Il l'a fait exécuter. Aujourd'hui presque personne ne connaît son nom à lui, et tout le monde connaît le surnom qu'on lui a donné à elle.


La Garde Royale marocaine, plus ancienne unité militaire du monde encore en activité : 1088, et personne ne fait mieux
Quatre siècles avant la Garde suisse du Vatican, un souverain marocain créait le corps qui protège encore aujourd'hui le Roi. Voici son histoire, et la seule objection sérieuse qu'on puisse lui opposer. Il y a un fait sur le Maroc que peu de Marocains connaissent et qu'aucun étranger ne soupçonne : le corps militaire le plus ancien du monde encore en activité n'est ni britannique, ni vatican, ni danois. Il est marocain. Nous sommes en 1088. Youssef Ibn Tachfin, l'émir almorav
EXPLORER
bottom of page
_edited.png)