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18 février 1961 : dix jours avant de mourir, Mohammed V reçoit les Juifs du Maroc et leur dit qu'il ne comprend pas pourquoi ils partent, mais qu'il ne retiendra personne de force

il y a 4 jours
5 min de lecture
Mohamed 5 Léon Benzaquen

Un mémoire en quatre points remis par David Amar et le docteur Léon Benzaquen, un bateau coulé cinq semaines plus tôt dont personne ne prononce le nom dans la salle, une réponse rapportée par un témoin du cabinet royal, et une opération chirurgicale fixée au 26 février.


Le 18 février 1961, au palais de Rabat, Mohammed V souffre. Des vertiges, des bourdonnements, une cloison nasale déformée qu'un chirurgien suisse propose d'opérer dans huit jours. Il reçoit pourtant ce matin-là une délégation du Conseil des communautés israélites du Maroc, conduite par David Amar, son secrétaire général, et par le docteur Léon Benzaquen, l'ancien ministre, le premier Juif entré dans un gouvernement marocain en 1956. Ils lui remettent un mémoire. Quatre sujets : la liberté de circuler, la conversion de filles mineures, les violences policières, le statut du Conseil. Un mot n'y figure pas, celui du bateau qui a coulé au large d'Al Hoceïma dans la nuit du 10 au 11 janvier avec quarante-quatre Juifs marocains à bord, dont la moitié d'enfants. Robert Assaraf, alors attaché au cabinet et qui raconte la scène dans son livre de 1997, l'écrit en deux mots : sujet tabou.


Sur le premier point, le Roi confirme ce que son ministre de l'Intérieur a déjà promis trois jours plus tôt : les passeports seront délivrés. Puis, selon Assaraf, il ajoute, « avec sincérité et innocence », qu'il ne comprend toujours pas ce qui peut pousser de loyaux citoyens marocains à risquer leur vie pour quitter leur pays. Il leur demande de convaincre leurs coreligionnaires qu'ils ont un rôle à jouer dans la renaissance du Maroc. Et il précise qu'il est hors de question, à ses yeux, de retenir qui que ce soit de force.


Dix jours plus tard, il est mort.


Alors voici la question que cet article pose, et elle n'est pas confortable : comment un pays dont le Roi dit, de sa bouche, qu'il ne retiendra personne, a-t-il perdu la moitié de ses Juifs dans les quatre années qui ont suivi ? Derrière le mur : les quatre points du mémoire et la réponse du Roi à chacun, la déclaration de Si Bekkaï au New York Times le 23 février, ce qui s'est passé à Casablanca en janvier avec Nasser dans la ville, les chiffres des départs de 1961 à 1964, et la phrase de David Amar le jour de la mort du Roi.

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