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HISTOIRE DU MAROC


14 août 1979 : pourquoi les représentants d’Oued Eddahab ont prêté allégeance à Hassan II
Neuf jours après le retrait mauritanien, des représentants d’Oued Eddahab se présentent devant Hassan II. Ils auraient pu signer une pétition, publier une déclaration ou négocier un accord. Ils choisissent un geste beaucoup plus ancien : la bayʿa. Et ce détail raconte peut-être mieux le Maroc que tout le reste. Il existe une photographie étonnante du mois d’août 1979. Nous ne sommes ni sur une ligne de front, ni autour d’une table de négociation internationale. Nous sommes au


Bataille des Trois Rois : en 1578, Ahmed al-Mansour prend le pouvoir pendant que le Portugal cherche son avenir
Le 4 août 1578, près de Ksar el-Kébir, le Maroc remporte une victoire dont son souverain ne verra pas les conséquences. Pour comprendre ce qui se joue ce jour-là, il faut suivre le quatrième homme : celui qui survit aux trois rois. Le 4 août 1578, dans le nord du Maroc, une armée continue de combattre alors que son souverain vient de mourir. Sa Majesté le Roi Abd al-Malik, déjà malade, succombe pendant l’affrontement. Selon les récits historiques de la bataille, son entourage


À quoi ressemblerait un Maroc où des Juifs siègent de nouveau au Parlement ?
Députés, ministres, hauts responsables : après avoir réintégré l’affluent hébraïque dans son récit national, le Royaume pourrait un jour le voir réapparaître dans ses institutions. Et ce ne serait pas une rupture avec son histoire, mais un retour. Imaginez la photographie. Nous sommes en 1956. Le Maroc vient à peine de retrouver son indépendance. Tout est à construire : l’administration, la diplomatie, l’économie, les institutions, les cadres du nouvel État. Autour de Mohamme


Quand le Maroc envoyait déjà ses ambassadeurs à Londres, Versailles, Madrid et Istanbul
Bien avant les ambassades permanentes et les ministères modernes, les souverains marocains envoyaient à travers l’Europe et la Méditerranée des savants, gouverneurs, amiraux, négociants et secrétaires. Leur travail ne consistait pas seulement à transmettre une lettre : ils négociaient des alliances, libéraient des captifs, récupéraient des manuscrits, achetaient des armes et observaient les puissances étrangères. En 1600, un homme arrive à la cour d’Élisabeth Ire d’Angleterre


Pourquoi retrouve-t-on les mêmes noms de famille chez des Juifs et des Musulmans marocains ?
Attar, Amar et d’autres patronymes peuvent apparaître dans des familles musulmanes comme juives d’Afrique du Nord. Ce n’est pas nécessairement la preuve d’un ancêtre commun. C’est parfois quelque chose de plus intéressant : la trace d’un monde où deux communautés religieuses différentes fabriquaient leurs noms avec les mêmes langues, les mêmes métiers et les mêmes territoires. Prenez le nom Attar. En arabe, ʿaṭṭār désigne traditionnellement le marchand de parfums, d’épices ou


Le Maroc avait-il vraiment fermé ses portes à l’Europe avant le Protectorat ?
Avant 1912, voyager à l’intérieur du Maroc pouvait être difficile et le pouvoir cherchait régulièrement à limiter l’ingérence étrangère. Pourtant, ports, consulats, négociants et ambassades reliaient déjà le Royaume à l’Europe depuis des siècles. L’image est puissante. Un Maroc ancien. Des remparts fermés. Une cour installée à Fès. Une Europe industrielle qui avance autour de lui. Puis, soudain, 1912. Le pays s’ouvrirait enfin au monde moderne avec le Protectorat. Le problème


Pourquoi tant de villes marocaines ressemblent-elles à plusieurs villes collées ensemble ?
Une médina ancienne, parfois une kasbah, puis de grandes avenues et une ville nouvelle. Ce paysage n’est pas un accident : il permet de lire plusieurs siècles de pouvoir marocain directement sur une carte. Prenez Rabat. Entrez dans la médina. Puis sortez vers les grandes avenues du centre. Passez par la kasbah des Oudayas. Vous pouvez avoir l’impression d’avoir changé de ville trois fois sans avoir quitté Rabat. Faites une expérience similaire à Fès. Vous trouvez Fès el-Bali.


Pourquoi tant de tombes des cimetières juifs marocains sont-elles blanches ?
À Fès ou Marrakech, certaines nécropoles juives apparaissent comme des mers de chaux. Ce blanc spectaculaire n’est pourtant ni universel au Maroc ni un simple choix esthétique. À Fès, la première impression est presque irréelle. Des centaines de formes blanches couvrent la pente. Certaines sont arrondies. D’autres ressemblent à de petites constructions. Sous le soleil, le cimetière juif devient presque aveuglant. On pourrait croire que cette blancheur obéit à une grande règle


1862 : l’école creuse un nouvel écart entre Juifs et musulmans du Maroc.
Avant l’Alliance israélite universelle, Juifs et Musulmans étudiaient déjà séparément. Mais leurs écoles traditionnelles partageaient une logique profonde : transmettre un héritage religieux. Puis une école ouvre à Tétouan. Elle ne crée pas la différence entre les deux communautés. Elle en change progressivement la nature. Imaginez le Maroc vers 1850. Deux garçons vivent peut-être dans la même ville. L’un est musulman. L’autre est juif. Chaque matin, ils partent apprendre. Le


Pourquoi le Mellah de Fès a-t-il des balcons quand la médina regarde vers l’intérieur ?
À quelques mètres de distance, deux façades semblent raconter deux Maroc différents. Dans la médina traditionnelle, la maison protège son intimité derrière ses murs. Dans certaines rues du Mellah, fenêtres et balcons s’ouvrent au contraire sur la rue. Mais l’explication n’est ni aussi religieuse ni aussi simple qu’on pourrait le croire. Il suffit de marcher quelques minutes dans Fès pour remarquer quelque chose d’étrange. Dans une grande partie de la médina ancienne, la maiso


Les années de plomb : la force d’un pays qui a choisi de regarder son histoire en face
Le Maroc aurait pu enfouir cette période, attendre que les témoins disparaissent et laisser d’autres écrire son histoire à sa place. Il a fait l’inverse. En 2004, le Royaume a créé une commission officielle pour enquêter sur les violations graves commises entre 1956 et 1999. Reconnaître cette page n’affaiblit pas le Maroc. C’est précisément ce qui montre la solidité de ses institutions. Il y a une erreur que nous commettons parfois entre Marocains. Nous croyons que défendre n


Le jour où Lyautey a corrigé un député français devant tout Lyon : « le Maroc est un empire, pas une colonie »
En février 1916, le Résident général reprend publiquement un élu qui range le Royaume avec l'Algérie et la Tunisie. Histoire d'un occupant qui a fini par plaider la cause du pays qu'il occupait, et de ce que cet amour valait vraiment. Un amour suspect On dit que Lyautey a aimé le Maroc. La phrase est devenue une carte postale, et je me méfie des cartes postales. Un homme envoyé pour tenir un pays au nom d'une puissance étrangère, et qui déclare l'aimer, cela s'appelle d'abord


Le 7 janvier 2004, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a confié Tazmamart et Derb Moulay Cherif à un homme sorti de prison après dix-sept ans
Driss Benzekri, détenu de 1974 à 1991, a présidé la commission qui a fait témoigner à la télévision les prisonniers du règne précédent. Pourquoi seul le trône pouvait rouvrir ces portes, et ce qu'il en reste aujourd'hui. Rabat, 7 janvier 2004. Sa Majesté le Roi Mohammed VI reçoit au Palais un homme de cinquante-trois ans, mince, la voix basse. Driss Benzekri a passé dix-sept ans dans les prisons du Royaume, de 1974 à 1991, pour son engagement dans l'extrême gauche marxiste. L


Le 19 août 1985, Hassan II a fait parler un pape à 80 000 jeunes musulmans dans le stade de Casablanca
Aucun chef d'État musulman n'avait jamais invité un pape à s'adresser à sa jeunesse. Ce que le Commandeur des croyants y gagnait, et ce que son fils en a fait sous la pluie de Rabat trente-quatre ans plus tard. Le lundi 19 août 1985, dans le stade Mohammed V de Casablanca, Hassan II monte à la tribune devant 80 000 jeunes Marocains. Il ne parle pas longtemps. Il présente l'homme en blanc assis à côté de lui, Jean-Paul II, et lui laisse le micro. Le pape parle en français, de


Le jour de l'Aïd 1968, Hassan II a envoyé Oum Kalthoum fêter le mouton chez un coursier d'un quartier populaire de Rabat. Elle en est sortie en larmes, et a laissé filmer ses concerts.
En mars 1968, Oum Kalthoum, la plus grande voix de la région, vient chanter à Rabat pour la première fois. Elle a 64 ans, elle refuse les caméras depuis toujours, et le billet coûte 300 dirhams, le salaire d'un mois pour beaucoup. Hassan II l'a invitée. Pendant son séjour tombe l'Aïd al-Adha, la fête du mouton. Le Roi lui fait porter deux moutons à son hôtel, puis, sur son ordre, une Jeep l'emmène à Akkari, un quartier ouvrier de Rabat, frapper à la première porte venue. Ce q


Sidi Mohammed ben Abdallah a offert ce jardin à son fils Mamoun pour son mariage. En 2024, l'État l'a vendu 173 millions de dollars à l'OCP. C'est La Mamounia.
Au dix-huitième siècle, le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah offre à son fils, le prince Mamoun, un verger de treize hectares à Marrakech pour ses noces. En 1923, une compagnie française de chemins de fer y bâtit un hôtel. En juillet 2024, l'État marocain cède ses parts dans cet hôtel à l'Office chérifien des phosphates pour 173 millions de dollars. Le cadeau de mariage rapporte aujourd'hui 226 millions de dirhams de bénéfice net par an. On raconte La Mamounia par sa liste d'


Le jour où Hassan II a pleuré devant les caméras : 20 décembre 1983, la mort de son frère Moulay Abdallah
Le Roi qui ne montrait jamais une faille s'effondre en direct à la télévision sur le cercueil de son cadet, mort d'un cancer à 48 ans. Douze ans plus tôt, ce frère avait pris des balles pour lui à Skhirat. Le 20 décembre 1983, les Marocains allument la télévision et voient une chose qu'ils n'ont jamais vue : Feu Sa Majesté le Roi Hassan II pleure. Pas une larme retenue. Le souverain plié en deux, inconsolable, sur le cercueil de son frère cadet, le prince Moulay Abdallah, mor


Fès n'est pas une capitale juive grâce à Maïmonide. Maïmonide est venu à Fès parce qu'elle l'était déjà.
On raconte l'histoire à l'envers. Quand Maïmonide arrive à Fès vers 1160, l'autorité y est fondée depuis un siècle par un homme dont le nom est devenu celui de la ville : Isaac Alfasi, « celui de Fès ». Il a écrit ici le premier code de la loi juive. Le génie avait un maître, et il était fassi. Demandez à n'importe qui pourquoi Fès compte dans l'histoire juive. On vous répondra : Maïmonide. Le plus grand esprit du judaïsme médiéval a vécu ici, a étudié ici, a écrit ici une pa


L'OPÉRATION YACHIN, SANS FARD
En 1961, l'émigration vers Israël est interdite depuis deux ans. Les Juifs marocains partent quand même, de nuit, dans des rafiots. L'un d'eux coule au large d'Al Hoceima : quarante-quatre morts. Un Roi de trente et un ans hérite d'un choix impossible et prend la seule décision qui les fait partir vivants. Ils croyaient partir en pèlerinage. Pour ne pas éveiller les soupçons, un groupe de Juifs de Casablanca annonce qu'il se rend à Ouezzane, sur la tombe du rabbin Amran ben D


Aïcha Kandisha : pourquoi personne ne sait vraiment d’où elle vient
Depuis un siècle, des chercheurs ont voulu retrouver l’origine du personnage le plus inquiétant du folklore marocain. Déesse antique, djinniya, souvenir portugais, figure gnawa : leurs réponses sont incompatibles. Et si le problème venait précisément de notre obsession à lui chercher une seule naissance ? Vous avez peut-être huit ans. Il fait déjà nuit. Vous devez sortir chercher quelque chose, traverser une cour, longer un terrain vague ou passer près d’un point d’eau. Et qu


Ces noms de famille juifs marocains portent 2 500 ans d'histoire : Fassi, Toledano, Ohayon, Attar, chaque nom est une preuve d'ancrage, et beaucoup sont aussi portés par des Musulmans
Un Toledano à Montréal, un Swiri à Tel-Aviv, un Fassi à Paris : ouvrez l'annuaire de la diaspora et vous lisez la carte du Royaume. Mais le plus fort n'est pas là. Le plus fort, c'est qu'un Fassi juif et un Fassi musulman viennent de la même rue. Le nom, cette archive qu'on ne peut pas brûler On peut fermer une synagogue, vider un mellah, oublier une recette. On ne peut pas retirer son nom à un homme. Les Juifs du Maroc sont partis par centaines de milliers ; ils ont emporté


L'étoile à six branches a été le sceau du Makhzen. Puis un dahir de 1915 l'a remplacée par cinq branches sur le drapeau. Voici ce qui est prouvé, ce qui est débattu, et ce qui est faux.
Sur les monnaies, les sceaux des sultans, les zelliges des medersas, l'étoile à six branches a été le symbole du Makhzen jusqu'en 1915 sur le drapeau, et jusqu'en 1954 sur les pièces. Ce qu'elle faisait là, pourquoi elle a disparu, et ce que les légendes inventent par-dessus. Prenez une pièce marocaine ancienne, frappée à Fès. Retournez-la. Au centre, une étoile à six branches, deux triangles entrelacés. Prenez le sceau de Sa Majesté le Sultan Moulay Hafid, qui règne de 1908


La Marche noire de décembre 1975 : le jour où l'Algérie a expulsé ses Marocains, et pourquoi c'est là que la frontière s'est vraiment fermée
Un mois après la Marche verte, à l'Aïd al-Adha, des familles installées depuis des générations à Oran, Tlemcen ou Sidi Bel Abbès sont chargées dans des camions et déposées à la frontière. Cinquante ans plus tard, aucune reconnaissance. Ce que l'on sait, ce que l'on ne sait pas, et ce que ce silence coûte. Une marche sans nom pendant trente ans La Marche verte a une date, un chant, une fête nationale. Sa réponse n'a eu, pendant des décennies, ni nom officiel ni chiffre stable.


Léon Benzaquen, le médecin juif que le Roi a fait ministre en 1956
Premier Marocain admis à l'internat de Paris, allié du Sultan à Aix-les-Bains, ministre à l'indépendance. Il n'est jamais parti.


Le Maroc avant l'islam : mille ans de royaumes, de comptoirs et de conquêtes dont personne ne vous a jamais parlé
Avant même l'arrivée des premiers Arabes, ce pays avait déjà eu des rois amazighs, des comptoirs phéniciens, une reine fille de Cléopâtre, des légions romaines arrêtées net, des communautés juives attestées dans la pierre. On m'a demandé s'il n'y avait ici que des Amazighs et des Juifs. La réponse est plus riche que la question. Commençons par une chose que beaucoup de Marocains ignorent et qui devrait pourtant ouvrir tous nos manuels scolaires. Les plus anciens restes connus


Un livre français de 1866 dessine l'Algérie sans son Sahara. Ce n'est pas le Maroc qui le dit. C'est le colonisateur.
Léon Plée n'était ni marocain ni sultan. C'était un journaliste parisien qui racontait les campagnes de ses généraux. Et en 1866, il décrit une Algérie limitée à sa côte, des oasis du Sud qui n'obéissent à personne à Alger, et des tribus qui prêtent allégeance au Sultan du Maroc. La frontière actuelle n'est pas une histoire. C'est une administration. Il y a une manière simple de vérifier à qui appartenait un territoire avant la colonisation. Ce n'est pas de demander aux hérit


Le plus vieil Homo sapiens du monde est marocain. Il a dormi cinquante ans dans un tiroir, classé par erreur.
On présente le Maroc comme une grande civilisation de douze siècles. C'est faux par défaut. En 2017, un crâne trouvé près de Safi a repoussé l'origine de l'espèce humaine de 100 000 ans, et l'a déplacée d'Éthiopie au Maroc. Avant les dynasties, avant les Amazighs, avant tout, il y avait ici les premiers hommes. Quand on veut flatter le Maroc, on dit : douze siècles de monarchie, une des plus vieilles nations du monde. C'est vrai. Et c'est ridiculement court. Douze siècles, c'


Sidi Frej, l'hôpital de Fès qui soignait les fous par la musique andalouse dès 1286, plus d'un siècle avant l'Europe.
En 1286, un sultan mérinide fonde au cœur de la médina un maristane où l'on soigne les malades de l'esprit par la musique andalouse, les parfums et l'eau qui coule, financé par les habous, gratuit pour les pauvres. Valence le prendra pour modèle en 1410 pour ouvrir le premier asile d'Occident.


Mouha ou Hammou Zayani : le seul chef marocain que la France n'a jamais vaincu, et dont la descendance a donné un Roi au Maroc
Le 13 novembre 1914, il a infligé à l'armée française sa pire défaite au Maroc. La France a mis sept ans, deux généraux et la division de sa propre tribu pour venir à bout d'un homme de quatre-vingts ans qui n'a jamais signé. Quarante ans plus tard, le Trône a fait de sa descendance la mère d'un Roi. Ce n'est pas une défaite. C'est une victoire à retardement. Un nom qu'on cite, un homme qu'on ne connaît pas Dans deux mois, le Maroc célébrera une fois de plus l'anniversaire d'


Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. L'Amérique a mis sept ans à répondre.
Il a fallu saisir un navire américain pour obtenir un traité. Et George Washington s'en est excusé par écrit. Tout le monde connaît la phrase : le Maroc est le premier pays au monde à avoir reconnu les États-Unis. Le 20 décembre 1777, Sa Majesté le Sultan Sidi Mohammed ben Abdallah ouvre ses ports aux navires américains. La France, alliée officielle des insurgés, ne signera que deux mois plus tard. C'est vrai. C'est documenté. Et c'est la moitié de l'histoire. L'autre moitié,


Le msid, la plus vieille école du Maroc, apprenait aux enfants à effacer ce qu'ils venaient d'apprendre
Une planche de bois, un roseau, de l'encre de suie, un fqih. Pendant douze siècles, c'est là que le Maroc a formé sa mémoire. Le msid existe encore, mais plus personne ne sait ce qu'il faisait vraiment aux enfants, ni pourquoi ça marchait. Presque tous les Marocains de plus de cinquante ans y sont passés. Abdelhadi Boutaleb, le précepteur du Roi, y a appris à lire. Mohamed Rouicha, le chanteur, l'a quitté à onze ans. Mes grands-parents en parlaient avec un mélange de crainte


Février 1983 : le jour où Abdellatif Jouahri est allé dire à Hassan II que le Maroc n’avait presque plus de devises
Il restait à peine de quoi couvrir deux jours d’importations. Le ministre des Finances part pour Fès sans rendez-vous, fait comprendre l’urgence au chef du protocole avec une histoire de lumière qui pourrait ne plus s’allumer, puis se retrouve face à Hassan II. Quarante ans plus tard, Abdellatif Jouahri a raconté cette scène au FMI. Derrière l’anecdote se trouve l’un des traumatismes économiques les plus profonds du Maroc contemporain.


L'homme le plus puissant du monde musulman occidental est allé demander à Bagdad la permission de gouverner
Youssef ben Tachfine a bâti un empire du Sénégal à Saragosse et fondé la ville qui a donné son nom au Maroc. Puis il a refusé le titre de calife et s'est fait délivrer une autorisation écrite. Ce n'était pas de la modestie, c'était une invention politique dont nous vivons encore. Le nom que le monde entier donne à notre pays, Morocco, Marruecos, Marokko, ne vient ni d'un peuple ni d'un fleuve. Il vient d'une ville. Et cette ville a commencé comme un campement de tentes planté


Charles de Foucauld, le saint catholique qui a traversé le Maroc déguisé en rabbin pour le cartographier, et le Juif marocain sans qui il n'aurait pas fait cent kilomètres
Onze mois sous un faux nom et une kippa, hébergé de mellah en mellah par des familles qui ignoraient qu'elles logeaient un officier français. Son rapport a préparé la conquête. Son guide est mort dans l'oubli. En 1883, un jeune aristocrate français démissionne de l'armée et décide de traverser un pays interdit aux chrétiens. Il ne peut pas y entrer en Français. Il ne peut pas y entrer en musulman, on le démasquerait à la première prière. Alors il choisit la seule identité qui


Al-Idrissi, le prince de Ceuta qui a dessiné le monde pour un roi chrétien
Né vers 1100 dans une famille idrisside sans trône, il a passé quinze ans à Palerme au service de Roger II de Sicile. Le livre qu'il en a tiré a guidé l'Europe pendant trois siècles, et le monde musulman ne l'a presque pas lu.


Rabat, 1969 : le jour où Nasser a menacé de faire la paix avec Israël et où Kadhafi a posé la main sur son revolver
Décembre 1969. Le cinquième sommet arabe se tient à Rabat. Autour de la table : Nasser, le roi Fayçal, Boumediene, et un colonel de 27 ans arrivé trois mois plus tôt au pouvoir à Tripoli, en tenue de terrain verte, revolver à la ceinture. Abdelhadi Boutaleb, ministre des Affaires étrangères depuis deux mois, est dans la salle. Il n'aurait pas dû y être.


Le déjeuner où Oufkir a dit à Boutaleb que le régime devait tomber, quatorze mois avant Skhirat
Mai 1970. Un ministre des Affaires étrangères démissionnaire, un général qui a trop bu, une table à Rabat. Ce qui s'est dit ce jour-là, Abdelhadi Boutaleb ne l'a raconté à personne pendant trente ans. Il l'a écrit en 2002. Il y a une question que je me pose chaque fois que je relis l'histoire des deux coups d'État de 1971 et 1972 : est-ce que quelqu'un savait ? La réponse est oui. Au moins un homme savait, quatorze mois avant Skhirat. Il était ministre. Il n'a rien dit. Et il


La plus grande mosquée de France a été dessinée par l'architecte personnel du sultan du Maroc, orientée par un astronome de Fès et décorée par des maîtres artisans de Fès et de Meknès
Elle vient de fêter ses cent ans. On la présente partout comme le cœur de l'islam algérien en France. Matériellement, esthétiquement et spirituellement, c'est un bâtiment marocain, et cette mémoire s'est effacée sans que personne ne s'en aperçoive. En juillet dernier, la Grande Mosquée de Paris a eu cent ans. On a beaucoup écrit sur elle à cette occasion. Sur les soldats musulmans morts pour la France, sur l'amitié franco-musulmane, sur son rôle institutionnel aujourd'hui. Ou


Un juif de Marrakech a contrôlé quatre ports du Maroc, acheté des navires de guerre pour le sultan, et été nommé ambassadeur à Londres par décret royal
Meir Macnin est probablement le sujet juif le plus puissant de toute l'histoire du Maroc. Sa nomination fut lue devant le corps consulaire en 1823. C'est Londres qui a refusé de le recevoir, pas Rabat de l'envoyer. Il y a des hommes dont la biographie suffit à démonter un cliché. Celui-ci en fait partie. Un fils de Marrakech Meir ben Abraham Cohen naît vers 1760 à Marrakech, dans une famille juive originaire d'Essaouira. Son père portait un surnom, Maqnin, qui désigne en arab


Tlemcen a été fondée, assiégée et embellie par des dynasties venues du Maroc, et ses pierres le disent encore
Les trois monuments qui font la fierté de Tlemcen portent des signatures que personne ne veut lire à voix haute. Je vais le faire, calmement, dates en main. Il y a une ville, en Algérie, que l'on surnomme la perle du Maghreb. Sa Grande Mosquée est un joyau. Son saint patron attire les foules. Sa cité en ruine, Mansourah, fascine les photographes. Tlemcen est magnifique, et je le dis sans la moindre ironie : c'est l'une des plus belles villes de notre région. Ma position tient


Les Juifs marocains prêtent allégeance au Roi, mais pas par la bay'a, et le jour qu'ils ont choisi n'est pas un hasard
La bay'a est un acte islamique, adressé à un Commandeur des croyants descendant du Prophète. Un sujet juif ne peut donc pas y entrer par la même porte. Le Maroc a résolu ce problème d'une manière que presque personne ne connaît. Il y a une question que je n'avais jamais vue posée nulle part, et qui est pourtant élémentaire. Chaque année, le Maroc renouvelle le pacte de la bay'a. Des représentants du peuple, des corps constitués et des commis de l'État réaffirment le lien au T


Le Maroc l'a exécutée à dix-sept ans, puis il l'a appelée Lalla
En 1834, une jeune juive de Tanger est décapitée à Fès pour apostasie. Ce qui suit est le vrai sujet : le pays qui l'a condamnée lui a donné le titre qu'il réserve à ses saintes, et sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour les deux communautés. Il y a des histoires qu'on ne peut pas raconter à moitié. Celle-ci en fait partie, et je vais la raconter entièrement, y compris ce qui nous met mal à l'aise. Les faits, dans l'ordre Solika Hachuel naît à Tanger en 1817, dans un


La structure du soufisme mondial est une invention marocaine
Deux hommes, une montagne du Rif, et une confrérie qui se pratique aujourd'hui de l'Égypte à l'Indonésie. Voici ce que le Maroc a réellement apporté au soufisme mondial, et pourquoi presque personne ici ne le sait. Il y a une phrase qu'un homme a dite à Bagdad, au treizième siècle, et que j'aimerais faire graver quelque part. Un jeune Marocain venait de traverser la moitié du monde connu pour trouver le pôle spirituel de son temps, celui qui pourrait l'initier. On lui répond


Les Ottomans ont pris Alger, Tunis, Tripoli, Le Caire, Damas et Bagdad. Ils se sont arrêtés au nord de Fès, au bord d'une rivière appelée le Lait
En octobre 1557, le sultan du Maroc est assassiné par des hommes de sa propre garde. Six mois plus tard, son fils reçoit l'armée d'Alger. Ce qui se joue en avril 1558 explique pourquoi le Maroc n'est pas devenu une province turque.


Le mellah n'était pas un ghetto. Voici pourquoi les Juifs marocains habitaient à côté du palais, et pas au bout de la ville.
On croit connaître ce mot parce qu'on traverse ces quartiers. On le traduit mentalement par ghetto, et c'est exactement le contresens. La géographie des villes marocaines raconte une autre histoire, et elle se vérifie encore aujourd'hui, à pied, dans n'importe quelle médina. Faites l'exercice la prochaine fois que vous êtes à Fès, à Marrakech ou à Meknès. Demandez où se trouve l'ancien mellah, le quartier juif historique. Puis demandez où se trouve le palais royal. Vous n'aur


Le dahir berbère de 1930 voulait couper le Maroc en deux, et il a réveillé la nation marocaine
Un texte juridique technique, signé le 16 mai 1930, déclenche la première mobilisation politique de masse de l'histoire moderne du pays. Quatre ans plus tard il est vidé de sa substance. Un siècle plus tard, nous vivons encore avec ses conséquences, et pas celles que l'on croit. Le 16 mai 1930 paraît un dahir au titre parfaitement ennuyeux : un texte réglant le fonctionnement de la justice dans les tribus dites de coutume berbère non pourvues de tribunaux appliquant le chraâ.


On appelle Taroudant la petite Marrakech, alors qu'elle a été capitale avant elle et qu'elle a financé son empire
Une ville du Souss a été la première capitale des Saadiens, la source de leur or et la base de la reconquête d'Agadir sur les Portugais. Aujourd'hui elle est vendue aux touristes comme la version réduite de sa propre héritière. Ouvrez n'importe quel guide touristique français. Taroudant y est présentée comme la petite Marrakech, pour ses remparts de terre ocre. La formule est commode. Elle est aussi un contresens historique complet, et je vais vous montrer pourquoi. Une ville


Un sultan de Fès a payé pour un livre en 1355, et cinq siècles plus tard le Maroc confisquait une imprimerie sur le port d'Essaouira
Abou Inan Farès avait compris que produire du texte est un acte de souveraineté. Ce que le Maroc a fait ensuite de cette leçon est l'histoire d'un retard qui n'était pas technique, mais politique.


Ibn Battouta a marché pendant vingt-neuf ans, et son livre a failli ne jamais exister
Un jeune homme de Tanger part faire le pèlerinage à vingt et un ans et rentre à quarante-neuf, après avoir vu la Chine, le Mali et les Maldives. Ce que l'on retient rarement, c'est que sans une décision politique prise à Fès, ce voyage n'aurait laissé aucune trace. Il quitte Tanger seul, en juin 1325, sur une monture, pour aller à La Mecque. Il a vingt et un ans, il vient d'une famille de juristes malékites, et il compte être absent le temps d'un pèlerinage. Il rentrera au Ma
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