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JUIFS DU MAROC


Pourquoi une synagogue marocaine ne sonnait-elle pas comme une synagogue ashkénaze d’Europe ?
Les prières fondamentales étaient celles du judaïsme. Mais au Maroc, des siècles d’histoire locale, l’arrivée des Séfarades d’Espagne, la poésie hébraïque et surtout la musique andalouse ont produit une tradition que l’on pouvait parfois reconnaître dès les premières notes. Il faut commencer par corriger une idée. Les Juifs marocains ne pratiquaient pas une autre religion que les Juifs de Pologne ou d’Allemagne. Le Shema restait le Shema. La Amidah restait la prière centrale.


Pourquoi tant de Juifs marocains portent-ils le nom d’une ville qu’ils ont quittée depuis des siècles ?
Toledano renvoie à Tolède. Alfasi à Fès. D’autres patronymes conservent Murcia, Coria, Zagora ou un village disparu. Chez certaines familles juives marocaines, le nom de famille est devenu une carte géographique miniature. Un homme peut quitter une ville. Ses enfants peuvent naître à mille kilomètres. Ses petits-enfants ne jamais y retourner. La langue familiale peut changer. La nationalité aussi. Puis cinq siècles passent. Et pourtant, chaque fois qu’un descendant donne son


Marock : tout le monde se souvient du sexe. La scène la plus explosive était une étoile de David
En 2006, le film de Laila Marrakchi est accusé de « sionisme », visé par des demandes d’interdiction puis des appels au boycott. Au centre de la polémique, une scène toute simple : Youri, Juif marocain, passe son étoile de David au cou de Rita, musulmane. Vingt ans plus tard, le Maroc choisit la réalisatrice pour le représenter dans la course aux Oscars 2027. Le 2 septembre 2026, le Centre cinématographique marocain choisit La Más Dulce, le nouveau film de Laila Marrakchi, po


1862 : l’école creuse un nouvel écart entre Juifs et musulmans du Maroc.
Avant l’Alliance israélite universelle, Juifs et Musulmans étudiaient déjà séparément. Mais leurs écoles traditionnelles partageaient une logique profonde : transmettre un héritage religieux. Puis une école ouvre à Tétouan. Elle ne crée pas la différence entre les deux communautés. Elle en change progressivement la nature. Imaginez le Maroc vers 1850. Deux garçons vivent peut-être dans la même ville. L’un est musulman. L’autre est juif. Chaque matin, ils partent apprendre. Le


Pourquoi certains Marocains disent qu’Israël leur a « pris » leurs Juifs
On connaît l’antisionisme lié à la Palestine. On connaît celui des idéologies panarabes ou islamistes. Au Maroc, il existe aussi un sentiment beaucoup plus paradoxal : celui de Marocains qui ne reprochent pas aux Juifs d’avoir été marocains, mais au contraire au sionisme d’avoir contribué à les faire partir. C’est précisément pour cela que je refuse de confondre automatiquement antisionisme et antisémitisme. Il existe une phrase qui résume brutalement le sentiment que je veux


Neta Elkayam : quand la darija marocaine devient une musique d’avant-garde
Née en Israël dans une famille venue de Tinghir et de Casablanca, Neta Elkayam a fait de la langue de ses grands-parents autre chose qu’un souvenir. Elle la mêle au jazz, à l’électronique, à la pop, puis revient la chanter au Maroc. Ce mouvement raconte une transformation plus profonde de la culture judéo-marocaine : elle n’est plus seulement conservée, elle recommence à produire du présent. À Netivot, dans le sud d’Israël, la frontière entre Israël et le Maroc passait autref


David Lévy : comment un ouvrier né à Rabat est arrivé au sommet d’Israël
David Lévy n’est pas entré en politique parce qu’il rêvait de devenir ministre. L’un de ses premiers combats commence pour quelque chose de beaucoup plus élémentaire : obtenir de l’eau propre et fraîche pour les ouvriers employés dans les kibboutzim autour de Beit She’an. La grève qu’il organise lui vaut ensuite d’être écarté du marché du travail local. Il cherche du travail ailleurs et finit sur les chantiers de Tel-Aviv. Quelques années plus tard, cet homme né à Rabat siège


Pendant soixante ans, Israël a fait taire la darija des Juifs marocains. Le 22 décembre 2020, il l'a envoyée parler à Sa Majesté le Roi
Un fils d'immigrés marocains a souhaité longue vie au Roi en darija, au Palais de Rabat, au nom d'un État qui avait passé six décennies à faire taire cette langue. Elle n'a pas disparu par oubli. Quelqu'un l'a poussée dehors, et quelqu'un l'a rappelée. Le 22 décembre 2020, au Palais Royal de Rabat, un homme se présente devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il dirige la sécurité nationale d'Israël. Il est arrivé le matin par le premier vol commercial direct entre Tel-Aviv et l


Paul Marciano, fils de rabbin de Debdou, a fondé Guess à Los Angeles en 1981
Quatre frères, un village de montagne dans l'Oriental marocain, une lignée de rabbins. Ils débarquent en Californie sans réseau et inventent le jean qui va habiller l'Amérique. Ce que leur empire doit au Maroc, et pourquoi le Maroc n'en a rien récolté. Regardez l'étiquette de votre jean. Si c'est un Guess, vous portez le travail de quatre frères qui, au début des années 1980, débarquent à Los Angeles sans carnet d'adresses, sans capital américain, sans nom qui ouvre des porte


Voyage de mémoire au Maroc : tu y es attendu, et voici pourquoi
Essaouira, un soir de septembre, à la hilloula de Rabbi Haïm Pinto. Dans le cimetière, des centaines de pèlerins venus d'Israël, de Paris, de Montréal, chantent autour d'un tombeau blanchi à la chaux. À la porte, ce sont des Marocains musulmans qui tiennent l'ordre, portent les chaises, servent le thé. Dehors, une femme de soixante-dix ans, née ici, partie en 1963, pleure sur une ruelle qu'elle avait interdite à ses enfants. Elle n'était jamais revenue. Elle avait peur. Voilà


Juifs et Musulmans du Maroc : le même caftan, le même tagine, les mêmes saints
Rabat, 18 novembre 1941. C'est la Fête du Trône, et la France qui administre le Maroc est celle de Vichy. Des lois viennent d'exclure les Juifs des écoles, des professions, des quartiers européens. Ce jour-là, au palais, devant les officiels français, le Sultan Mohammed V reçoit les dirigeants de la communauté juive avec les notables musulmans, et leur dit ce que Vichy ne veut pas entendre : ils sont ses sujets, au même titre que les autres, et il ne fera pas de différence. I


En 1764, Mohammed III choisit dix familles juives pour faire d’Essaouira le port du Maroc
Le sultan construit une ville neuve sur l’Atlantique, détourne une partie du commerce d’Agadir et recrute une poignée de négociants juifs. Leur mission : connecter le Maroc à l’Europe. En 1764, Essaouira n’est pas encore l’Essaouira que nous connaissons. Le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, Mohammed III, veut créer sur l’Atlantique un port directement contrôlé par le pouvoir central. Il cherche à développer le commerce avec l’Europe mais aussi à mieux maîtriser les échanges


À Fès, des familles musulmanes descendent des Juifs convertis de 1465
Fès, mai 1465. Le sultan mérinide Abd al-Haqq II a un vizir juif, Harun ben Batash. Dans une ville affamée et humiliée, la rumeur suffit : le vizir aurait fait violenter une femme musulmane. La foule se soulève, le vizir est tué, le sultan lui-même est égorgé, et le quartier juif est mis à sac. Ceux qui survivent ont un choix : mourir, partir, ou prononcer la chahada. Des dizaines de familles la prononcent. Cinq siècles plus tard, leurs descendants sont là. Ils sont musulmans


Le grand-père de Richard Attias était le tailleur de Mohammed V. En 1994, le petit-fils a organisé pour Hassan II la conférence qui a créé l'OMC.
Dans les années 50, Mimoun Botbol est l'un des tailleurs de Mohammed V. Sa femme Hannah fournit les épouses du Palais en caftans. Le couple tient, à l'intérieur même des enceintes du Palais royal de Rabat, une boutique où l'on trouve du tissu et de l'épicerie, la seule du genre, où princes et épouses viennent acheter et où le Sultan lui-même vient parler avec son tailleur. Mohammed V le décore du wissam alaouite, parmi les tout premiers. Quarante ans plus tard, en avril 1994,


Fès n'est pas une capitale juive grâce à Maïmonide. Maïmonide est venu à Fès parce qu'elle l'était déjà.
On raconte l'histoire à l'envers. Quand Maïmonide arrive à Fès vers 1160, l'autorité y est fondée depuis un siècle par un homme dont le nom est devenu celui de la ville : Isaac Alfasi, « celui de Fès ». Il a écrit ici le premier code de la loi juive. Le génie avait un maître, et il était fassi. Demandez à n'importe qui pourquoi Fès compte dans l'histoire juive. On vous répondra : Maïmonide. Le plus grand esprit du judaïsme médiéval a vécu ici, a étudié ici, a écrit ici une pa


Le jour où le Maroc a reçu des députés israéliens à Rabat, trente-six ans avant la normalisation de 2020
Les 13 et 14 mai 1984, trente-cinq Israéliens, dont des membres de la Knesset, ont siégé dans la capitale du Royaume sous le nom le plus inoffensif du monde : un congrès de communautés. Le gouvernement marocain au complet était au dîner de clôture. Chaque décembre, on commémore 2020 comme un commencement. Les mieux informés remontent à Ifrane, juillet 1986, quand Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a reçu Shimon Peres. Les deux dates sont vraies. Aucune des deux n'est la première


L'OPÉRATION YACHIN, SANS FARD
En 1961, l'émigration vers Israël est interdite depuis deux ans. Les Juifs marocains partent quand même, de nuit, dans des rafiots. L'un d'eux coule au large d'Al Hoceima : quarante-quatre morts. Un Roi de trente et un ans hérite d'un choix impossible et prend la seule décision qui les fait partir vivants. Ils croyaient partir en pèlerinage. Pour ne pas éveiller les soupçons, un groupe de Juifs de Casablanca annonce qu'il se rend à Ouezzane, sur la tombe du rabbin Amran ben D


Ces noms de famille juifs marocains portent 2 500 ans d'histoire : Fassi, Toledano, Ohayon, Attar, chaque nom est une preuve d'ancrage, et beaucoup sont aussi portés par des Musulmans
Un Toledano à Montréal, un Swiri à Tel-Aviv, un Fassi à Paris : ouvrez l'annuaire de la diaspora et vous lisez la carte du Royaume. Mais le plus fort n'est pas là. Le plus fort, c'est qu'un Fassi juif et un Fassi musulman viennent de la même rue. Le nom, cette archive qu'on ne peut pas brûler On peut fermer une synagogue, vider un mellah, oublier une recette. On ne peut pas retirer son nom à un homme. Les Juifs du Maroc sont partis par centaines de milliers ; ils ont emporté


Pourquoi le Maroc garde un tribunal rabbinique dans ses palais de justice, paie ses juges juifs et signe leurs jugements au nom du Commandeur des croyants
Un citoyen juif marocain qui divorce entre dans le même tribunal que n'importe quel Marocain, monte à la section hébraïque, et un juge rabbinique y applique la loi de Moïse. Le jugement est rendu au nom du Roi, Amir Al-Mouminine. Ce n'est pas une survivance. C'est une architecture. Imaginez la scène. Un tribunal de première instance, à Casablanca. Des avocats en robe noire, des greffiers, des justiciables qui attendent. Un homme franchit la porte. Il ne va ni à la chambre civ


Pourquoi un Roi musulman paie la restauration des synagogues de son pays : l'exception marocaine expliquée
Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Dans quatre jours, c'est Roch Hachana. Des synagogues restaurées aux frais du Royaume rouvriront leurs portes à Fès, à Marrakech, à Casablanca, à Essaouira. Dans un pays où il reste à peine quelques milliers de Juifs. Aucun autre État de la région ne fait cela.


Baba Salé, le rabbin né à Rissani sur la terre des Alaouites, dont le tombeau rassemble chaque année en Israël plus de monde que la plupart des fêtes religieuses du pays
Rabbi Israël Abihssira, né en 1889 dans le Tafilalet, mort à Netivot le 4 janvier 1984. Huit générations de rabbins derrière lui, des centaines de milliers de pèlerins chaque 4 Shevat devant lui, et un neveu au gouvernement de Begin.


Non, le Maroc n'est pas une colonie juive. Et cette rumeur dit tout de ceux qui la propagent. (Série Maroc-Algérie, épisode 5 sur 5)
Remettons les pendules à l'heure, point par point, une bonne fois pour toutes. Il y a des rumeurs qu'on ignore, et des rumeurs qu'on démonte. Celle-ci, propagée en boucle depuis certains studios et certains comptes d'Alger, mérite le démontage public : le Maroc serait devenu « une colonie juive », vendu à Israël, gouverné de l'extérieur. Aujourd'hui, on remet les pendules à l'heure. Point par point.


Menahem Begin est né en Pologne. Il a gagné le pouvoir grâce aux Marocains.
Vingt-neuf ans d'opposition, une élite qui le méprisait, et un électorat que personne ne voulait. En 1977, Begin a compris ce que les Marocains d'Israël attendaient : qu'on les regarde. Il n'y a rien de marocain chez Menahem Begin. Né à Brest-Litovsk, formé dans le sionisme révisionniste d'Europe de l'Est, avocat, chef de l'Irgoun, il incarne tout ce que les Juifs marocains ne sont pas. Et pourtant, c'est lui qu'ils ont choisi. Pendant vingt-neuf ans, Begin a perdu toutes les


Léon Benzaquen, le médecin juif que le Roi a fait ministre en 1956
Premier Marocain admis à l'internat de Paris, allié du Sultan à Aix-les-Bains, ministre à l'indépendance. Il n'est jamais parti.


Les écoliers marocains étudient en classe la photo de leur Roi dans une synagogue. Aucun autre pays de la région ne l'a fait.
Depuis la rentrée 2020, un manuel du primaire consacre une leçon à Bayt Dakira, la maison de la mémoire juive d'Essaouira. Sur la page, la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le rappel de la Constitution, et une question posée à des enfants de dix ans : que nous apprend cette visite sur le Maroc ? Ouvrez un manuel de sciences sociales du primaire marocain. Pas un livre d'histoire pour adultes, pas une brochure diplomatique. Un manuel d'école, avec des exercices, des docu


Au Maroc, l'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est un délit, avec un numéro d'article, une peine et une circonstance aggravante.
Article 431-5 du Code pénal. Un mois à un an de prison, 5 000 à 50 000 dirhams. Le double si c'est public, et un écran est un lieu public. La loi ne nomme pas les Juifs : elle nomme la religion, et elle vaut pour tous. Voici exactement ce qu'elle dit, ce qu'elle ne dit pas, et pourquoi elle existe. Dans plusieurs pays d'Europe, un discours antisémite déclenche un débat. Est-ce de l'humour, de la politique, de la critique d'Israël, une provocation artistique ? Des mois de plat


Le Roi a présenté ses condoléances à une famille juive de Fès
Il y a des familles connues. Et il y a des dynasties. Chez les Botbol, la musique ne se transmet pas, elle coule dans le sang. Laissez-moi vous raconter trois générations qui ont fait danser le Maroc. Un nom qui était déjà un destin Le patronyme Abitbol, dont Botbol est la variante, signifie littéralement en darija "l'homme au tambour". Quand votre nom de famille désigne un instrument, le hasard n'existe plus. Le patriarche, cheikh Jacob Abitbol, naît en 1917 à Fès, orphelin


Charles de Foucauld, le saint catholique qui a traversé le Maroc déguisé en rabbin pour le cartographier, et le Juif marocain sans qui il n'aurait pas fait cent kilomètres
Onze mois sous un faux nom et une kippa, hébergé de mellah en mellah par des familles qui ignoraient qu'elles logeaient un officier français. Son rapport a préparé la conquête. Son guide est mort dans l'oubli. En 1883, un jeune aristocrate français démissionne de l'armée et décide de traverser un pays interdit aux chrétiens. Il ne peut pas y entrer en Français. Il ne peut pas y entrer en musulman, on le démasquerait à la première prière. Alors il choisit la seule identité qui


Pourquoi la relation entre le Maroc et Israël est organique et pas artificielle, contrairement à toutes les autres normalisations de la région
Deux mille ans de coexistence, un million de citoyens israéliens d'ascendance marocaine, une culture partagée jusque dans la cuisine et la prière. Le Maroc n'a pas découvert Israël en décembre 2020. Il a apposé un sceau sur un lien qui existait déjà.


Un juif de Marrakech a contrôlé quatre ports du Maroc, acheté des navires de guerre pour le sultan, et été nommé ambassadeur à Londres par décret royal
Meir Macnin est probablement le sujet juif le plus puissant de toute l'histoire du Maroc. Sa nomination fut lue devant le corps consulaire en 1823. C'est Londres qui a refusé de le recevoir, pas Rabat de l'envoyer. Il y a des hommes dont la biographie suffit à démonter un cliché. Celui-ci en fait partie. Un fils de Marrakech Meir ben Abraham Cohen naît vers 1760 à Marrakech, dans une famille juive originaire d'Essaouira. Son père portait un surnom, Maqnin, qui désigne en arab


Au Maroc, 126 saints sont priés par les Juifs et par les Musulmans
Pendant plus de dix ans, Issachar Ben-Ami a parcouru le Maroc et recueilli environ 1 200 témoignages. Son inventaire révèle un phénomène fascinant : des lieux sacrés que Juifs et Musulmans ne percevaient pas toujours de la même manière, mais auprès desquels ils venaient parfois chercher la même chose. À Ben Ahmed, dans la région de Settat, il existe un sanctuaire consacré à Rabbi Yahia Lakhdar. Pour les Juifs marocains qui s'y rendaient en pèlerinage, Yahia Lakhdar était un t


Le Maroc honorait sa mémoire juive onze mois avant de normaliser avec Israël, et les dates le prouvent
À trois jours de la Hiloula de Rabbi Haïm Pinto, retour sur une maison de la médina d'Essaouira où Sa Majesté le Roi Mohammed VI est entré un soir de janvier 2020. Ceux qui parlent de calcul diplomatique vont devoir affronter une chronologie. Mardi, des milliers de pèlerins prieront à Essaouira. À quelques ruelles du cimetière marin, une bâtisse blanche et bleue les attend, et son nom résume tout ce que je défends dans ce média : Bayt Dakira. La Maison de la Mémoire. Un mot a


Aucun État ne garde ses saints juifs comme le Maroc, et mardi soir Essaouira va le prouver
Plus de deux mille pèlerins venus d'Israël, de France et du Canada convergent vers la Hiloula de Rabbi Haïm Pinto. Ce n'est pas le plus grand pèlerinage juif du monde. C'est celui qu'aucun autre pays ne pourrait porter ainsi. Mardi 8 septembre, Essaouira change de visage. L'aéroport active un dispositif d'accueil spécial. Des vols arrivent d'Israël. Des familles descendent de Paris, de Montréal, de New York. Elles viennent prier sur le tombeau d'un rabbin mort il y a cent qua


Albert Suissa : mille chansons, aucune biographie
Un soir de cette semaine, j'ai tapé un nom dans un moteur de recherche : Albert Suissa. Compositeur et interprète de musique judéo-marocaine. Près de mille chansons, selon l'hommage que lui a rendu Maxime Karoutchi lors de la présentation d'un livre sur la musique juive du Maroc. Kont Azri, Zouz Bnat, Ya Leghdara, Al Ktab, Fdiha, Saya Ksira, et des dizaines d'autres, rangées sous un titre d'album d'une modestie qui fait mal : Chansons Marocaine. Mille chansons, c'est plus que


Les Juifs marocains prêtent allégeance au Roi, mais pas par la bay'a, et le jour qu'ils ont choisi n'est pas un hasard
La bay'a est un acte islamique, adressé à un Commandeur des croyants descendant du Prophète. Un sujet juif ne peut donc pas y entrer par la même porte. Le Maroc a résolu ce problème d'une manière que presque personne ne connaît. Il y a une question que je n'avais jamais vue posée nulle part, et qui est pourtant élémentaire. Chaque année, le Maroc renouvelle le pacte de la bay'a. Des représentants du peuple, des corps constitués et des commis de l'État réaffirment le lien au T


Le Maroc l'a exécutée à dix-sept ans, puis il l'a appelée Lalla
En 1834, une jeune juive de Tanger est décapitée à Fès pour apostasie. Ce qui suit est le vrai sujet : le pays qui l'a condamnée lui a donné le titre qu'il réserve à ses saintes, et sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour les deux communautés. Il y a des histoires qu'on ne peut pas raconter à moitié. Celle-ci en fait partie, et je vais la raconter entièrement, y compris ce qui nous met mal à l'aise. Les faits, dans l'ordre Solika Hachuel naît à Tanger en 1817, dans un


Ce qui se passait dans les synagogues marocaines à trois heures du matin, vingt nuits par an
On connaît la dafina. Presque personne ne connaît le rituel qui se tenait au milieu de la nuit du vendredi au samedi, pendant les longues nuits d'hiver, depuis le seizième siècle. Le Shabbat juif est universel. Ses règles sont les mêmes à Vilnius, à Bagdad et à Marrakech. Et pourtant, le Shabbat marocain n'a jamais ressemblé à aucun autre. Trois choses l'ont rendu unique, et la troisième est presque inconnue. La première : un plat né d'un interdit La halakha interdit de cuisi


Les Juifs d'origine marocaine ont peur de revenir, et encore plus d'investir ici
« Tant qu'il y a le Roi, ça va. » Je l'entends chaque semaine, de Tel-Aviv, de Paris, de Montréal. Cette phrase se croit rassurante. Elle est un contresens, et elle coûte à ceux qui la répètent bien plus qu'ils ne l'imaginent. Chaque semaine, on me pose les mêmes questions. Est-ce qu'on peut venir. Est-ce qu'on est en sécurité. Et de plus en plus souvent : est-ce qu'on peut acheter, ouvrir, investir. Et chaque fois revient la même phrase, prononcée sur le ton de l'évidence. T


Le mellah n'était pas un ghetto. Voici pourquoi les Juifs marocains habitaient à côté du palais, et pas au bout de la ville.
On croit connaître ce mot parce qu'on traverse ces quartiers. On le traduit mentalement par ghetto, et c'est exactement le contresens. La géographie des villes marocaines raconte une autre histoire, et elle se vérifie encore aujourd'hui, à pied, dans n'importe quelle médina. Faites l'exercice la prochaine fois que vous êtes à Fès, à Marrakech ou à Meknès. Demandez où se trouve l'ancien mellah, le quartier juif historique. Puis demandez où se trouve le palais royal. Vous n'aur


Le Maroc n'a pas inventé la Kabbale. Il a fait quelque chose de bien plus rare.
Au seizième siècle, un homme quitte Safed et s'installe dans une oasis du Tafilalet. Cinq siècles plus tard, ses descendants sont les derniers maîtres kabbalistes vivants que le monde juif suit encore. Voici comment ce pays est devenu le gardien d'un savoir qui n'était pas né chez lui. Il y a une chose que les Marocains ne savent pas, et que des centaines de milliers de personnes dans le monde savent parfaitement. Quand un Juif marocain de Netivot, de Paris, de Montréal ou de


Pourquoi je n'écoute le Coran qu'à la marocaine : ce que la récitation de Benmoussa réveille en moi, et ce qu'elle partage avec les piyoutim des Juifs du Maroc
Une même matrice andalouse, une même respiration, deux langues sacrées : quand la voix d'un récitateur marocain et le chant d'une synagogue de Casablanca racontent la même civilisation. Je vais commencer par un aveu que certains trouveront étrange : je n'arrive à écouter le Coran qu'à la marocaine. Les grandes voix orientales, je les respecte, je reconnais leur maîtrise. Mais elles ne me font rien. Quand j'écoute Abderrahman Benmoussa, il se passe autre chose. Quelque chose s


Il a passé sa vie à racheter, livre par livre, ce que le Maroc juif avait écrit. Voici Rav Meïr Abitbol, l'homme de Jérusalem qui était resté marocain.
Pendant des décennies, un rabbin installé à Jérusalem a traqué les manuscrits des sages marocains partout où ils dormaient, pour les éditer et les remettre entre les mains des étudiants. Son travail d'abeille a réparé une injustice de quatre siècles. Il s'est éteint en 2023, et presque personne au Maroc ne connaît son nom. Il y a des hommes qui sauvent des vies. Celui-ci a sauvé quelque chose qui meurt plus discrètement : des livres que plus personne ne lisait. Son nom ne vou


Pinhas Cohen, le chanteur juif qui faisait danser tout le Maroc, et que la rumeur a accusé de financer Israël
En novembre 2000, un tribunal marocain condamne un chanteur pour transfert illégal de devises. Le dossier est ordinaire. En quelques semaines, la rue en fait autre chose : une affaire de trahison. Le chanteur s'appelle Pinhas Cohen, il est juif, et il avait chanté devant trois rois. Il y a une génération de Marocains, juifs et musulmans, qui le reconnaît aux trois premières notes de Zine li âtak Allah. Elle a un nom pour cette période. Elle dit : « l'époque de Pinhas. » L'hom


Pourquoi les Juifs ont quitté le Maroc. Les trois raisons que tout le monde donne sont vraies, et elles n'expliquent rien.
Israël en 1948, l'indépendance en 1956, la guerre des Six Jours en 1967. Ces trois dates sont exactes. Elles n'expliquent ni pourquoi ce sont les plus pauvres qui sont partis les premiers, ni pourquoi tout commence en réalité un matin d'avril 1912 à Fès. Posez la question à n'importe quel Marocain, juif ou musulman, et vous aurez la même réponse en trois points. Israël. L'indépendance. La guerre des Six Jours. C'est exact. Et c'est le genre de vérité qui empêche de comprendre


Il a été grand rabbin du Maroc, puis grand rabbin de Jérusalem. Et il a empêché le judaïsme marocain de mourir deux fois.
Né à Meknès en 1909, mort à Jérusalem en 2003 après vingt-cinq ans à la tête du rabbinat de la ville la plus sainte du judaïsme. Entre les deux, une vie entière passée à sauver la même chose, d'abord sur le papier, puis dans l'exil. Voici Rabbi Chalom Messas. Posez cette question autour de vous : quel est le point commun entre le rabbinat du Maroc, celui de Jérusalem et celui de Paris ? Réponse : une seule famille de Meknès. Le père, Chalom Messas, a été grand rabbin du Maroc


Le courage d'un Roi envers ses sujets juifs
En décembre 2020, le Maroc rétablit ses relations avec Israël. Ce qui suit n'est pas une lecture d'intentions, mais une chronologie : ce qui a été fait, dans quel ordre, et ce que chaque geste a rendu possible. Il y a une manière simple d'aborder ce dossier : regarder les faits dans l'ordre où ils se sont produits, sans leur prêter de mobiles. Ce qui suit ne cherche pas à interpréter des décisions souveraines. Il décrit une séquence, en s'en tenant à ce qui est documenté, et


Le Tafilalet a donné au Maroc deux dynasties saintes : une musulmane, une juive. Ce n'est pas une coïncidence, c'est le pays.
Plus de six cents tombeaux de Tsaddikim, vingt-cinq sanctuaires vénérés en même temps par des Juifs et des Musulmans, un trône dont la légitimité repose elle-même sur une lignée sainte. On dit du Maroc qu'il a la baraka comme on dirait qu'il a de la chance. C'est un contresens complet. « Le Maroc a la baraka. » Je l'entends depuis l'enfance, et pendant longtemps je l'ai entendu comme un compliment paresseux, le genre de phrase qu'on dit d'un pays qui s'en sort mieux que ses v


Le sultan protégeait les Juifs. Contre qui ?
Si le trône garantissait la sécurité des Juifs marocains pendant douze siècles, c'est qu'une menace existait. Personne n'ose la nommer. Le tritel de Fès en 1912, Oujda et Jerada en 1948 : les dates de ces massacres répondent d'elles-mêmes, et la réponse n'est pas celle qu'on redoute. Il y a une question qu'on ne me pose jamais en public, et qu'on me pose systématiquement en privé. Je passe mon temps à expliquer que le sultan protégeait les Juifs marocains. Que le quartier jui


Il y a deux Moshe ben Maïmon, le monde n'en connaît qu'un
Le premier est Maïmonide. Le second est né à Taroudant et porte exactement le même nom, parce que son père s'appelait Maïmon lui aussi. En 1575, il écrit un traité kabbalistique majeur sans avoir jamais lu l'enseignement du Ari, qui n'était pas encore arrivé au Maroc.


La spoliation qui n'a pas eu lieu
Il faut d'abord savoir à quoi ressemble une spoliation. Bagdad, mars 1951. Le Parlement irakien vote une loi. Les Juifs qui renoncent à la nationalité pour partir voient leurs biens gelés, puis transférés à l'État. Cent vingt mille personnes quittent le pays sans rien. Pas par précipitation. Parce qu'une loi l'ordonne. Le Caire, 1956. Les séquestrations dépouillent des milliers de familles. Tripoli. Les biens juifs sont saisis par l'État. Damas. Les interdictions professionne
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