Debdou, la ville des Cohen et des Marciano : là où les Juifs étaient plus nombreux que les musulmans

Pendant cinq siècles, des actes notariés rédigés dans l'Oriental marocain ont appelé cette ville Séville. Ses petits-fils ont fondé Guess.
En 1721, dans les montagnes de l'Oriental marocain, un notaire rédige un acte de propriété. Rien de littéraire : une synagogue, ses limites, ses voisins. Il écrit qu'il est notoire que la synagogue de la ville de Séville, donnant à l'est sur la grand-rue, jouxtant au nord la propriété de Rabbi Yossef Hacohen-Scali, se nomme synagogue Sabban. La ville de Séville. Nous sommes à Debdou, entre Taourirt et Guercif, à plus de mille kilomètres de l'Andalousie et trois siècles après le départ d'Espagne. L'homme qui tient la plume ne juge pas utile d'expliquer. Pour lui, c'est le nom de la ville.
Comment une ville marocaine a-t-elle pu s'appeler Séville dans ses propres papiers pendant des siècles, devenir à la fin du XIXe siècle une ville où les Juifs étaient plus nombreux que les musulmans, et donner au monde les fondateurs de Guess ?
Ma réponse tient en une phrase : Debdou n'est pas une communauté que le Maroc a accueillie, c'est une civilisation entière qui a été transplantée et qui a fonctionné cinq siècles sous son nom d'origine.
Derrière le mur : le massacre de 1391 et la source baptisée Sabila, la lettre de Rabbi Yossef Cohen-Scali aux rabbins de Fès, la moitié de la ville descendante d'Aaron et la bénédiction que les prêtres prononcent faute de fidèles, l'officier français déguisé en Juif qui a dû fuir, le fils de rabbin né ici en 1952 qui a fondé Guess, et l'inventaire lancé en 2025 par le World Monuments Fund.
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