84 % en Israël, 80 % en France : ce que le départ des Juifs du Maroc et d'Algérie dit des deux pays

Ils étaient voisins et sont partis à la même époque. Mais les Juifs du Maroc ont pris la route d'Israël, ceux d'Algérie celle de la France. Cet écart ne tient pas au hasard : il dit ce que chacun des deux pays a fait d'eux.
Le 22 juin 1961, au souk El Asser de Constantine, Cheikh Raymond Leyris fait ses courses, sa fille à ses côtés. Il est abattu par balle. Le maître du malouf, la grande musique andalouse de la ville, s'effondre devant elle. Le 29 juillet, son gendre, un jeune guitariste nommé Gaston Ghrenassia, quitte l'Algérie pour la France avec sa femme, Suzy, la fille du cheikh. Le monde le connaîtra sous le nom d'Enrico Macias. Il n'a jamais revu Constantine.
La même année, les Juifs du Maroc partent aussi. Mais pas vers le même pays. L'historien Jacques Taïeb a fait le compte : 84 % des Juifs qui ont quitté le Maroc sont allés en Israël, et 80 % de ceux d'Algérie en France. Deux communautés voisines, nées du même judaïsme d'Afrique du Nord, ont pris deux routes opposées. Pourquoi ?
Ma réponse tient en une phrase : les Juifs d'Algérie sont partis citoyens français et l'Algérie a refermé la porte derrière eux ; les Juifs du Maroc sont partis marocains et le Maroc ne les a jamais rayés.
Derrière le mur : une ligne de loi qui a suffi à fermer une porte, et ce que le Maroc a gardé de ceux qui sont partis.
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