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Avril 2022 : Zemmour fait près de 40 % dans la « Petite Jérusalem » de Sarcelles. Ce que les petits-enfants des Juifs de Fès ont perdu en chemin

26 sept.
8 min de lecture
de sarcelle à fes

Leurs grands-parents venaient de Fès, de Meknès, de Casablanca. Eux connaissent le nom de la ville, parfois un plat, souvent une chanson. Ce qui a disparu entre les deux générations n'est pas l'amour du Maroc. C'est autre chose, et cela éclaire un vote.


Le 10 avril 2022, premier tour de l'élection présidentielle française. Éric Zemmour est balayé au niveau national avec 7,07 %. À Sarcelles, dans le Val-d'Oise, il y a un quartier que tout le monde appelle la « Petite Jérusalem ». Là, dans les trois bureaux de vote situés au cœur du quartier, il arrive largement en tête avec plus de cinq fois son score national.


Dans ces rues, beaucoup de familles viennent d'Afrique du Nord. Du Maroc, de Tunisie, d'Algérie. Demandez à un jeune homme de Sarcelles dont les grands-parents venaient du Royaume d'où vient sa famille. La réponse tombe tout de suite. Fès. Meknès. Casablanca. Safi. Tétouan.


Demandez-lui ensuite ce qu'était une takkanah de Fès. Ce que voulaient dire toshav et megorash. Pourquoi des rabbins marocains écrivaient en judéo-arabe. Pourquoi des Juifs de Casablanca ont dirigé le Parti communiste marocain. Pourquoi un Juif pouvait chanter le malhoun.


Le silence dure plus longtemps.


Ma thèse

Une partie des Juifs français d'origine marocaine n'a pas perdu l'amour du Maroc. Elle en a perdu le contenu. Leur identité s'est réorganisée autour de trois autres repères : la mémoire de la Shoah, Israël, la peur de l'antisémitisme. Le Maroc est resté une affection. Il a cessé d'être une grille de lecture. Et quand une grille disparaît, une autre la remplace, jusque dans l'isoloir.

Que le lecteur de Casablanca ne sourie pas trop vite. Ses propres cousins de Gennevilliers ou de Montréal suivent la même pente, avec d'autres mémoires à la place.

Tout commence dans les bureaux d'accueil de la région parisienne au début des années soixante, et se termine dans une cellule du Parti communiste de Casablanca.

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