La plus grande mosquée de France a été dessinée par l'architecte personnel du sultan du Maroc, orientée par un astronome de Fès et décorée par des maîtres artisans de Fès et de Meknès
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Elle vient de fêter ses cent ans. On la présente partout comme le cœur de l'islam algérien en France. Matériellement, esthétiquement et spirituellement, c'est un bâtiment marocain, et cette mémoire s'est effacée sans que personne ne s'en aperçoive.

En juillet dernier, la Grande Mosquée de Paris a eu cent ans.
On a beaucoup écrit sur elle à cette occasion. Sur les soldats musulmans morts pour la France, sur l'amitié franco-musulmane, sur son rôle institutionnel aujourd'hui.
Ouvrez n'importe quel guide, n'importe quelle notice, n'importe quel article de presse : vous y lirez qu'elle est le cœur spirituel de l'islam algérien en France.
Pourquoi elle existe
Elle naît d'une dette. Après la Première Guerre mondiale, la France veut honorer les soldats nord-africains de confession musulmane tombés sur son sol. Les chiffres varient selon les sources, soixante-dix mille morts à Verdun, cent mille sur l'ensemble du conflit.
La loi du 19 août 1920, sur rapport d'Édouard Herriot, accorde une subvention de cinq cent mille francs pour la construction d'un institut musulman comprenant une mosquée, une bibliothèque et une salle d'étude. La ville de Paris donne le terrain.
Mais la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 est formelle : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
Le contournement passe par une société ayant son siège à Alger, la Société des Habous et des Lieux Saints de l'Islam, fondée en 1917, où un décret de 1907 permettait de déroger à cette loi.
La première mosquée monumentale de France doit donc son existence à une exception coloniale au principe de laïcité.
Voilà l'histoire officielle, et elle est exacte.
Maintenant regardez le bâtiment
Pas l'institution. Le bâtiment.
Regardez le minaret carré couvert de zellige vert et blanc. Regardez le plâtre sculpté, le bois ouvragé, la cour, les proportions.
Vous n'êtes pas devant une mosquée d'Alger. Vous n'êtes pas davantage devant une mosquée d'Istanbul ou du Caire, qui ne ressemblent en rien à cela.
Vous êtes devant une médersa de Fès.
Et ce n'est pas une inspiration lointaine ni un hasard de style. Chaque décision qui a donné sa forme à ce bâtiment a été prise par un Marocain, et je vais vous donner leurs noms.
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