Un juif de Marrakech a contrôlé quatre ports du Maroc, acheté des navires de guerre pour le sultan, et été nommé ambassadeur à Londres par décret royal
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Meir Macnin est probablement le sujet juif le plus puissant de toute l'histoire du Maroc. Sa nomination fut lue devant le corps consulaire en 1823. C'est Londres qui a refusé de le recevoir, pas Rabat de l'envoyer.

Il y a des hommes dont la biographie suffit à démonter un cliché. Celui-ci en fait partie.
Un fils de Marrakech
Meir ben Abraham Cohen naît vers 1760 à Marrakech, dans une famille juive originaire d'Essaouira.
Son père portait un surnom, Maqnin, qui désigne en arabe le chardonneret. Ses frères et lui sont connus comme les oulad Maqnin, les fils du chardonneret. Le nom restera, et l'Angleterre le transformera en Macnin.
Dans les années 1780, il noue des liens avec le gouverneur d'Essaouira et développe ses affaires avec son frère. Il joue un rôle central dans l'installation d'Essaouira comme principal comptoir commercial du royaume.
Voilà le point de départ : un négociant du sud, dans une ville portuaire créée un quart de siècle plus tôt par un sultan qui voulait ouvrir le pays sur l'océan.
Ce qu'il devient
À partir de 1800, il s'installe durablement à Londres.
Et là, il ne se comporte pas en marchand expatrié. Il présente ses lettres de créance comme représentant diplomatique du Maroc.
L'historien américain Daniel Schroeter, qui lui a consacré un livre, écrit qu'il fut fréquemment le principal intermédiaire entre l'État marocain et les puissances européennes durant les trois premières décennies du dix-neuvième siècle, en particulier sous le règne du sultan Moulay Slimane.
Le principal intermédiaire. Pas un parmi d'autres.
Et dans la correspondance de Moulay Slimane avec les puissances étrangères, il est désigné par une formule qui dit tout du lien : notre juif.
Ce n'est pas une distance méprisante. C'est une revendication de propriété diplomatique. Le sultan dit à l'Europe : cet homme est le mien, ce qu'il fait, il le fait en mon nom.
Ce qu'il achète
Un exemple, et il vaut mieux qu'un discours.
En mars 1808, Macnin entreprend d'obtenir un navire pour le Maroc. Il acquiert un brick armé de douze canons de bronze pour le sultan Slimane, et le fait livrer au Maroc en trois mois.
Arrêtez-vous là.
Un sujet juif, résidant à Londres, achète et fait livrer un bâtiment de guerre armé pour la marine de son souverain.
Dans l'Europe de 1808, un juif ne peut, dans la plupart des États, ni témoigner à égalité devant un tribunal, ni exercer certaines professions, ni approcher un souverain. Ici, il arme la flotte du sien.
Et il faut le dire honnêtement : il n'a pas payé ces marchandises à Londres. Nous y reviendrons.
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