Le dahir berbère de 1930 voulait couper le Maroc en deux, et il a réveillé la nation marocaine
- il y a 7 jours
- 3 min de lecture
Un texte juridique technique, signé le 16 mai 1930, déclenche la première mobilisation politique de masse de l'histoire moderne du pays. Quatre ans plus tard il est vidé de sa substance. Un siècle plus tard, nous vivons encore avec ses conséquences, et pas celles que l'on croit.

Le 16 mai 1930 paraît un dahir au titre parfaitement ennuyeux : un texte réglant le fonctionnement de la justice dans les tribus dites de coutume berbère non pourvues de tribunaux appliquant le chraâ. Personne, côté français, n'imagine ce qui va suivre.
Ce que faisait vraiment le texte
Il consacre juridiquement une pratique déjà installée : dans les régions classées comme coutumières par arrêté, la justice est rendue par des assemblées de notables désignés par l'autorité de contrôle, encadrées par les officiers des Affaires indigènes, hors du droit musulman. L'article 6, le plus lourd, transfère la compétence pénale à la justice française.
Traduit en langage clair : deux droits, deux justices, deux catégories de Marocains sur un même sol.
Le texte est conçu et porté par la Résidence générale, sous Lucien Saint. Le Sultan Mohamed 5 passera les quatre années suivantes à en négocier le démantèlement, et deviendra le père de l'indépendance.
Le déclencheur, c'est un traducteur
Le mécanisme de la révolte est presque romanesque. Le texte, rédigé en français, doit être traduit en arabe avant d'aller au Palais. Le traducteur, Abdellatif Sbihi, alerte les nationalistes de Salé, qui y voient immédiatement une tentative de division du peuple marocain, en particulier à cause de l'article 6.
Un fonctionnaire lit un texte et comprend avant tout le monde ce qu'il signifie.
La prière comme arme politique
Ce qui se passe ensuite n'a aucun précédent. Le 20 juin 1930, les premières manifestations éclatent à Salé et à Fès. Dans les mosquées, les nationalistes font réciter le latif, la prière de détresse réservée aux calamités publiques. La formule demande à Dieu d'écarter la division entre Arabes et Amazighs. Elle est reprise à la Quaraouiyine début juillet, puis dans les grandes villes.
Regardez la trouvaille. Une prière n'est pas un rassemblement politique, elle est donc inattaquable. Le mouvement national moderne trouve, pour naître, le seul espace que le Protectorat ne peut pas interdire.
La pétition, l'international, le recul
Vous souhaitez en lire plus ?
Abonnez-vous à aminedrissiboutaybi.com pour continuer à lire ce post exclusif.
_PNG.png)







































































































