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Les Juifs d'origine marocaine ont peur de revenir, et encore plus d'investir ici

  • 30 août
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

« Tant qu'il y a le Roi, ça va. » Je l'entends chaque semaine, de Tel-Aviv, de Paris, de Montréal. Cette phrase se croit rassurante. Elle est un contresens, et elle coûte à ceux qui la répètent bien plus qu'ils ne l'imaginent.

juif marocain

Chaque semaine, on me pose les mêmes questions. Est-ce qu'on peut venir. Est-ce qu'on est en sécurité. Et de plus en plus souvent : est-ce qu'on peut acheter, ouvrir, investir.


Et chaque fois revient la même phrase, prononcée sur le ton de l'évidence. Tant qu'il y a le Roi, ça va.


Celui qui la dit croit énoncer une confiance. Il énonce en réalité une date de péremption. Et c'est cette date de péremption imaginaire qui explique pourquoi des Juifs d'origine marocaine reviennent ici pleurer sur la tombe de leur grand-père, puis repartent sans jamais acheter la maison d'à côté.

Je veux traiter cela sérieusement, parce que cela mérite mieux qu'un haussement d'épaules.


Les ordres de grandeur, d'abord

En 2022, dernière année pleine avant l'interruption des liaisons directes, près de deux cent mille Israéliens ont visité le Maroc. Le visa électronique, lancé en juillet 2022, leur a été délivré à plus de cent cinquante mille exemplaires en quelques mois, au point qu'ils représentaient plus de la moitié de tous les visas électroniques marocains, toutes nationalités confondues. Les liaisons directes ont repris cet été.

Environ un million de Juifs d'origine marocaine vivent aujourd'hui en Israël. Des centaines de milliers d'autres vivent en France, au Canada, aux États-Unis.

Ces gens-là ne viennent pas visiter un pays étranger. Ils viennent voir le leur.


Ce que la peur mélange

Quand un Juif d'origine marocaine me dit « j'ai peur du Maroc », j'entends en réalité quatre peurs différentes que personne ne prend la peine de séparer.


La première est la peur de l'État. Peur qu'à l'arrivée un fonctionnaire pose un problème, qu'un passeport soit refusé, qu'une administration se montre hostile.

La deuxième est la peur de la rue. Peur d'un mot, d'un regard, d'une agression parce qu'on porte une kippa ou qu'on parle hébreu au téléphone.

La troisième, la moins avouée, ne parle pas du Maroc du tout. C'est la peur du regard des siens. Peur d'être vu allant dans un pays arabe, peur de devoir s'expliquer au retour.

Et la quatrième est celle qui coûte le plus cher, parce qu'elle porte sur l'argent et sur le temps long. C'est la peur d'investir.


Elle s'exprime toujours par la même formule. Tant qu'il y a le Roi, ça va.

Arrêtez-vous une seconde sur cette phrase. Elle dit deux choses à la fois. Elle dit une confiance totale dans le présent. Et elle dit une inquiétude sur tout ce qui n'est pas le présent.

C'est cette phrase que je veux démonter, parce qu'elle repose sur une erreur d'analyse.


Première peur : l'État. Elle est infondée, et l'histoire le prouve

Le Maroc est un État continu depuis 788. Ce n'est pas une formule, c'est une donnée : douze siècles de souveraineté, quatre dynasties successives, jamais d'effacement.

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