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Il a passé sa vie à racheter, livre par livre, ce que le Maroc juif avait écrit. Voici Rav Meïr Abitbol, l'homme de Jérusalem qui était resté marocain.

  • 29 août
  • 3 min de lecture

Pendant des décennies, un rabbin installé à Jérusalem a traqué les manuscrits des sages marocains partout où ils dormaient, pour les éditer et les remettre entre les mains des étudiants. Son travail d'abeille a réparé une injustice de quatre siècles. Il s'est éteint en 2023, et presque personne au Maroc ne connaît son nom.

meir abitbol


Il y a des hommes qui sauvent des vies. Celui-ci a sauvé quelque chose qui meurt plus discrètement : des livres que plus personne ne lisait.


Son nom ne vous dit probablement rien. Rav Meïr Abitbol, né en 1944, mort en 2023. Un rabbin de Jérusalem. Et je vais vous expliquer pourquoi ce nom mérite d'entrer dans votre mémoire, et pourquoi son histoire est, au fond, une histoire marocaine de bout en bout.


Le problème qu'il a vu avant tout le monde.

Pour comprendre son œuvre, il faut d'abord comprendre une injustice technique, presque invisible, qui a défiguré la mémoire du judaïsme marocain.

Du seizième au dix-neuvième siècle, les rabbins du Maroc et d'Afrique du Nord ont produit une œuvre immense : commentaires, décisions de droit, poésie, mystique. Le niveau était celui des plus grands centres du monde juif.


Mais il leur manquait une chose que l'Europe avait : l'imprimerie.

Leurs confrères de Venise, d'Amsterdam ou de Vilnius imprimaient et diffusaient. Les maîtres de Fès, de Meknès ou de Marrakech, eux, écrivaient à la main. Leurs œuvres restaient des manuscrits, recopiés par des copistes pour leur communauté, ou imprimées à quelques dizaines d'exemplaires qui ne sortaient pas du pays.


Résultat, quatre siècles plus tard : dans les grandes écoles talmudiques, on étudiait les maîtres d'Europe, dont les livres existaient, et presque jamais ceux du Maroc, dont les livres dormaient. Jusqu'aux années quatre-vingt, les citations des rabbins nord-africains dans la littérature d'étude étaient à peu près inexistantes.

Un océan de pensée marocaine, invisible non parce qu'il était médiocre, mais parce qu'il était manuscrit.

C'est là qu'intervient notre homme.


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