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Les Gnaoua : ce que le Maroc entend chaque nuit sans savoir ce qu'il écoute

22 août
5 min de lecture

Tout le monde connaît le son : le guembri qui gronde, les qraqeb qui claquent comme des chaînes, la transe qui monte jusqu'à l'aube. On en a fait un festival, une carte postale, une fierté nationale. Mais la musique gnaouie n'est pas un folklore : c'est une archive. L'archive sonore de trois choses que le Maroc porte en lui et qu'il regarde rarement en face : un commerce de mille ans avec l'Afrique, une blessure qui s'appelle l'esclavage, et un génie proprement marocain, celui d'avoir transformé cette blessure en voie spirituelle. Je vais raconter les trois.

gnaoua

Commençons par ce qui est établi et public.

Les Gnaoua sont les descendants de populations d'Afrique subsaharienne arrivées au Maroc au fil des siècles, pour l'essentiel par les routes du commerce transsaharien, et en grande partie par la traite. Leur pratique, à la fois musique, rituel et thérapie, s'est constituée en confréries autour de maîtres, les maâlems, et se transmet de maître à disciple depuis des générations.


En 2019, l'art des Gnaoua a été inscrit par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Chaque année, le festival d'Essaouira en fait l'une des plus grandes scènes musicales d'Afrique, et il n'est pas un riad, un film ou une publicité sur le Maroc qui ne convoque ce son devenu signature nationale.


Voilà la surface. La profondeur, c'est trois questions que presque personne ne pose en écoutant : d'où viennent ces hommes, pourquoi leur musique soigne, et ce que ce son dit du lien réel entre le Maroc et le continent.


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