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En 1988, le Maroc était sous tutelle du FMI et douze millions de Marocains ont payé une mosquée.

9 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Le plus petit don était de cinq dirhams. Chaque donateur a reçu un reçu et un certificat. Ce que Sa Majesté le Roi Hassan II a obtenu par la souscription de 1988, aucun ministre des Finances ne l'aurait obtenu par l'impôt.


mosquée hassan 2

Posez la question à n'importe qui sur l'esplanade de Casablanca. Pourquoi cette mosquée existe-t-elle ? On vous répondra la foi, la grandeur, le prestige. On n'aura pas tort. On n'aura pas fini de répondre.

Je vais dire les choses comme je les lis. La mosquée Hassan II n'a pas seulement été construite pour prier. Elle a été financée d'une manière qui, en soi, est un acte politique. Et cet acte a réussi là où l'orthodoxie économique échouait.


Voici le fait qui déclenche tout. En 1988, quand la souscription nationale est lancée par un discours royal, le Maroc est sous programme d'ajustement structurel depuis cinq ans. Sous tutelle du Fonds monétaire international, autrement dit. Compression des dépenses publiques, subventions rabotées, salaires bloqués. Un pays dans cet état ne demande pas d'argent à sa population. Il en a déjà trop demandé.


Sa Majesté le Roi Hassan II le demande quand même. Et douze millions de Marocains donnent.

Comprenez ce que cela signifie dans un pays qui comptait alors vingt-trois millions d'habitants. Plus d'un habitant sur deux a mis la main à la poche pour un chantier, au creux de la décennie la plus dure depuis l'indépendance. Le fonctionnaire de Rabat, le commerçant de Fès, l'agriculteur du Souss, l'ouvrier de Casablanca. Le plus petit don accepté était de cinq dirhams, et la moitié des souscripteurs ont donné entre cinq et cinquante dirhams.


Voilà ma thèse, et je l'assume. Le monde regarde ce minaret et voit un caprice de monarque. Je vois l'inverse. Je vois le seul instrument financier qui pouvait fonctionner dans le Maroc de 1988, parce qu'il ne prenait pas, il faisait donner. Un impôt humilie. Une hausse de taux frustre. Une souscription rend fier. Et la fierté est la seule monnaie qu'un pays sous ajustement structurel possédait encore en abondance.

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