Pourquoi une synagogue marocaine ne sonnait-elle pas comme une synagogue ashkénaze d’Europe ?
Les prières fondamentales étaient celles du judaïsme. Mais au Maroc, des siècles d’histoire locale, l’arrivée des Séfarades d’Espagne, la poésie hébraïque et surtout la musique andalouse ont produit une tradition que l’on pouvait parfois reconnaître dès les premières notes.

Il faut commencer par corriger une idée.
Les Juifs marocains ne pratiquaient pas une autre religion que les Juifs de Pologne ou d’Allemagne.
Le Shema restait le Shema.
La Amidah restait la prière centrale.
La Torah restait lue en hébreu.
Ce qui changeait, c’était le minhag, l’usage communautaire, et le nusach, la manière traditionnelle d’organiser et surtout de faire entendre la prière.
C’est un peu comme prendre un texte commun et le faire vivre dans deux civilisations musicales différentes.
Dans une synagogue ashkénaze d’Europe orientale, l’oreille avait été façonnée par plusieurs siècles d’histoire européenne.
Dans une synagogue de Fès, Marrakech ou Casablanca, elle avait été façonnée par l’Afrique du Nord, l’Espagne juive, l’hébreu, l’arabe marocain et le système musical andalou.
Une étude ethnomusicologique distingue d’ailleurs clairement deux grandes traditions séfarades développées après 1492, une tradition orientale liée au monde ottoman et une tradition nord-africaine dont le Maroc constitue un centre majeur.
Mais pour comprendre comment cette tradition s’est construite, il faut remonter avant 1492.
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