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David Lévy : comment un ouvrier né à Rabat est arrivé au sommet d’Israël

16 sept.
11 min de lecture

david levy

David Lévy n’est pas entré en politique parce qu’il rêvait de devenir ministre. L’un de ses premiers combats commence pour quelque chose de beaucoup plus élémentaire : obtenir de l’eau propre et fraîche pour les ouvriers employés dans les kibboutzim autour de Beit She’an. La grève qu’il organise lui vaut ensuite d’être écarté du marché du travail local. Il cherche du travail ailleurs et finit sur les chantiers de Tel-Aviv. Quelques années plus tard, cet homme né à Rabat siège à la Knesset. Deux décennies après, il représente Israël comme ministre des Affaires étrangères.


Racontée ainsi, son histoire ressemble à une spectaculaire ascension sociale. Ce serait pourtant en manquer la partie la plus intéressante.


David Lévy arrive en Israël en 1957 dans un pays qui absorbe alors une immigration massive venue d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, mais dont une grande partie des institutions politiques, syndicales et culturelles a été façonnée par des élites issues des vagues d’immigration européennes. Sa famille s’installe à Beit She’an, ville de développement du nord du pays où vivent notamment de nombreux immigrants marocains. C’est depuis cette périphérie, géographique autant que sociale, qu’il construit progressivement son pouvoir.


C’est là que son parcours devient plus complexe qu’une success story. Pour atteindre le sommet, David Lévy ne va pas effacer ce qui le situe à la périphérie. Il va, au contraire, transformer cette périphérie en base politique, au moment où les classes populaires mizrahies deviennent une force électorale que les grands partis israéliens ne peuvent plus traiter comme une population simplement administrée depuis le centre.


Cette conquête ne se fera pas sans violence symbolique. Même devenu ministre, Lévy subira des stéréotypes liés à ses origines marocaines. La satire politique israélienne des années 1990 ira jusqu’à réduire son personnage à la « moufleta », pâtisserie emblématique de la Mimouna. En 1992, après une bataille interne au Likoud, il dira lui-même avoir eu le sentiment d’être considéré par certains comme « un singe descendu des arbres ».


C’est peut-être ici que se trouve la véritable histoire de David Lévy : non dans la distance spectaculaire qui sépare le chantier du ministère, mais dans une bataille beaucoup plus profonde pour savoir qui pouvait incarner Israël, entrer dans ses élites et parler au nom de l’État.


Comment le jeune homme arrivé de Rabat, installé dans une ville périphérique du nord du pays, a-t-il transformé une position sociale dominée en pouvoir politique, et pourquoi son ascension a-t-elle changé la place des Mizrahim dans la vie publique israélienne ?


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