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L'OPÉRATION YACHIN, SANS FARD

9 sept.
5 min de lecture

En 1961, l'émigration vers Israël est interdite depuis deux ans. Les Juifs marocains partent quand même, de nuit, dans des rafiots. L'un d'eux coule au large d'Al Hoceima : quarante-quatre morts. Un Roi de trente et un ans hérite d'un choix impossible et prend la seule décision qui les fait partir vivants.

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Ils croyaient partir en pèlerinage.

Pour ne pas éveiller les soupçons, un groupe de Juifs de Casablanca annonce qu'il se rend à Ouezzane, sur la tombe du rabbin Amran ben Diwan, puis à un mariage du côté d'Al Hoceima. C'est la couverture. Sur la plage, dans la nuit du 10 au 11 janvier 1961, des hommes armés et cagoulés les font monter dans un remorqueur, puis les transfèrent sur un vieux bateau. Dix familles. Un couple marié la veille. Des enfants.

À dix milles de la côte, vers deux heures du matin, la coque se fend. Trois membres d'équipage, dont le capitaine, s'échappent dans le seul canot. Les passagers restent à bord.

Vingt-deux corps seront rejetés par la mer. Les autres, jamais.

Voilà le point de départ. Pas un traité, pas un calcul, pas une négociation. Une plage, un mensonge nécessaire, et un bateau qui ne tient pas.


Deux récits, et ce qu'ils évitent tous les deux

Depuis, on raconte cette histoire de deux façons.

Le premier récit, celui qu'on entend au Maroc : Sa Majesté le Roi Hassan II tenait ses Juifs pour des Marocains, il l'a dit toute sa vie, et ce sont les réseaux israéliens qui les lui ont pris.

Le second, hostile : le Souverain aurait livré sa communauté juive au Mossad, par tête, contre de l'argent.

Les deux récits ont peur du même document, daté de l'été 1961.

Voici ma thèse, et je l'assume entièrement. Le Trône tenait les Juifs marocains pour des sujets à part entière, c'est établi et cela n'a jamais varié. Mais en janvier 1961, ils partent déjà. Illégalement, de nuit, par centaines, dans des bateaux comme celui-là. Et ils meurent.

Un chef d'État placé devant une hémorragie qu'il ne peut pas arrêter a deux options. Maintenir l'interdiction et compter les corps. Ou encadrer le départ, le rendre légal, le faire passer par des routes sûres, et poser ses conditions à celui qui l'organise.

Le Royaume a choisi la seconde. Ce n'est ni un acte d'amour, ni une vente. C'est un traité, avec un vainqueur et un prix, et le prix n'a pas été payé par les Marocains.

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