Juifs et Musulmans du Maroc : le même caftan, le même tagine, les mêmes saints

Rabat, 18 novembre 1941. C'est la Fête du Trône, et la France qui administre le Maroc est celle de Vichy. Des lois viennent d'exclure les Juifs des écoles, des professions, des quartiers européens. Ce jour-là, au palais, devant les officiels français, le Sultan Mohammed V reçoit les dirigeants de la communauté juive avec les notables musulmans, et leur dit ce que Vichy ne veut pas entendre : ils sont ses sujets, au même titre que les autres, et il ne fera pas de différence.
Il n'a pas inventé cette phrase ce matin-là. Il a dit tout haut ce que ce pays sait depuis deux mille ans.
Voilà ma thèse, et je la pose avant d'aller plus loin. Pour comprendre le Juif marocain, il faut d'abord regarder ailleurs. Regardez les ashkénazes : dispersés en Europe, ils ont dû bâtir un monde à part, une cuisine à eux, des danses à eux, et jusqu'à une langue à eux, le yiddish, étrangère aux pays qui les abritaient. La diaspora, chez eux, a produit de la différence. Le Juif marocain, lui, n'a jamais eu besoin de cela. Il n'a pas de yiddish parce qu'il n'a jamais eu à s'inventer un chez-soi. Il y était déjà.
Ce que Juifs et Musulmans du Maroc partagent, jusqu'aux saints qu'ils prient, et ce que le Trône a fait de cette parenté, c'est ce que je vais vous montrer.
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