Ibn Battouta a marché pendant vingt-neuf ans, et son livre a failli ne jamais exister
- 29 août
- 3 min de lecture
Un jeune homme de Tanger part faire le pèlerinage à vingt et un ans et rentre à quarante-neuf, après avoir vu la Chine, le Mali et les Maldives. Ce que l'on retient rarement, c'est que sans une décision politique prise à Fès, ce voyage n'aurait laissé aucune trace.

Il quitte Tanger seul, en juin 1325, sur une monture, pour aller à La Mecque. Il a vingt et un ans, il vient d'une famille de juristes malékites, et il compte être absent le temps d'un pèlerinage. Il rentrera au Maroc vingt-neuf ans plus tard.
L'itinéraire, avant les commentaires
Entre-temps : l'Égypte, la Syrie, l'Arabie, la Perse, l'Anatolie, la steppe de la Horde d'Or, Constantinople, l'Asie centrale, l'Inde, les Maldives, Ceylan, l'archipel indonésien, la Chine. Puis, au retour, le Sahara jusqu'au Mali et Tombouctou. Les estimations courantes donnent plus de cent mille kilomètres, à travers ce qui correspond aujourd'hui à une quarantaine de pays. Aucun voyageur médiéval connu n'approche ce chiffre. Marco Polo, à titre de comparaison, en fait une fraction.
Ce qui distingue un voyageur d'un explorateur
Il ne se contente pas de traverser. Il travaille. Sa formation de juriste malékite est un passeport professionnel dans tout le monde musulman : il exerce comme cadi à Delhi au service du sultan Muhammad ben Tughluq, puis comme cadi aux Maldives. Il est envoyé en mission diplomatique vers la Chine. Il survit à la peste noire à Damas en 1348. Il se marie, il divorce, il est volé, il fait naufrage, il manque d'être exécuté.
C'est ce qui rend la Rihla précieuse. Ce n'est pas le carnet d'un touriste, c'est le rapport d'un homme qui a occupé des fonctions dans les sociétés qu'il décrit. Il note les prix, les protocoles de cour, les usages judiciaires, la place des femmes, l'organisation des marchés. Sur l'empire du Mali de Mansa Souleyman, son témoignage direct reste l'une des rares sources oculaires dont dispose l'historiographie.
Le détail marocain que tout le monde saute
Ibn Battouta n'a pas écrit son livre. Il l'a dicté. À son retour, le sultan mérinide Abou Inan Farès le fait installer à Fès et lui adjoint un lettré andalou, Ibn Juzayy, pour mettre le récit en forme. Nous sommes en 1355. Le texte est une commande d'État.
Arrêtons-nous là une seconde, parce que c'est le vrai sujet.
Vous souhaitez en lire plus ?
Abonnez-vous à aminedrissiboutaybi.com pour continuer à lire ce post exclusif.
_PNG.png)







































































































