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Le Tafilalet a donné au Maroc deux dynasties saintes : une musulmane, une juive. Ce n'est pas une coïncidence, c'est le pays.

26 août
5 min de lecture

Plus de six cents tombeaux de Tsaddikim, vingt-cinq sanctuaires vénérés en même temps par des Juifs et des Musulmans, un trône dont la légitimité repose elle-même sur une lignée sainte. On dit du Maroc qu'il a la baraka comme on dirait qu'il a de la chance. C'est un contresens complet.

le maroc a la baraka

« Le Maroc a la baraka. » Je l'entends depuis l'enfance, et pendant longtemps je l'ai entendu comme un compliment paresseux, le genre de phrase qu'on dit d'un pays qui s'en sort mieux que ses voisins sans qu'on sache trop pourquoi.


C'est une erreur de traduction. Baraka ne veut pas dire chance. Baraka veut dire bénédiction, grâce transmise. Et en hébreu, le même mot existe, à une consonne près : brakha.


Ce n'est pas une jolie ressemblance à sortir en fin de dîner. C'est le fait central autour duquel s'organise toute la spiritualité de ce pays, dans ses deux religions à la fois.


Ce que le mot recouvre côté juif

Dans la tradition hébraïque classique, un Tsaddik est un juste, un érudit pieux dont la droiture sert d'exemple. Sur la terre marocaine, la figure a changé de nature. Le Tsaddik marocain n'est pas seulement un sage qu'on étudie, c'est un saint qu'on invoque, un intercesseur, un bouclier dressé entre l'angoisse des vivants et la volonté divine.


Cela tient à une particularité que je n'ai vue nulle part ailleurs avec cette intensité : au Maroc, la Kabbale n'est pas restée confinée à une élite d'initiés. Elle a irrigué la piété quotidienne. Le Zohar se lisait dans les maisons, pas seulement dans les académies. Les amulettes, les rituels de protection, la vénération des saints font partie de la vie ordinaire. La sainteté y devient une force presque physique, et cette force porte un nom : baraka.


Résultat matériel, vérifiable, cartographiable : plus de six cents tombeaux de Tsaddikim répertoriés à travers le Royaume. C'est la terre la plus dense en lieux saints juifs au monde après Israël. Des grottes, des collines isolées du Haut Atlas, des cimetières urbains transformés en portes d'accès vers le ciel.


Ce que le mot recouvre côté musulman

Le parallèle est structurel, pas décoratif. Les Chorfa, descendants du Prophète, et les siyeds occupent une fonction analogue à celle des Tsaddikim : bénédiction transmise par la lignée ou acquise par la piété, pèlerinages sur les tombeaux, rituels de demande de grâce, autorité sociale conférée aux descendants.

Le vocabulaire lui-même se décalque. La ziara musulmane correspond à la hilloula juive. On y allume des bougies, on y dépose des offrandes, on y partage des repas, on y demande la guérison, la fertilité, la protection.


Le fait que personne ne relie

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