Une princesse au visage découvert et un Code de la famille réformé : les deux années qui ont changé la place des femmes au Maroc
Pendant des siècles, l'épouse du souverain n'a eu ni nom, ni visage, ni rang. En 2002, le Roi donne à une ingénieure de Fès un titre, des tournées officielles et une place à ses côtés. Ce n'était pas une histoire d'amour rendue publique. C'était la preuve visuelle d'une réforme qui n'existait pas encore.

La règle
On dit que le Maroc n'a pas de reine. Le protocole alaouite ne connaît que la « Mère des Princes ». La mère de Hassan II, Lalla Abla, n'a jamais été montrée. La mère de Mohammed VI, Lalla Latifa, non plus, pendant trente-huit ans de règne. Mohammed V a fait parler sa fille, Lalla Aïcha, sans voile, à Tanger en 1947 ; il n'a jamais montré sa femme. Les filles peuvent être un message. Les épouses sont un secret.
Ma thèse : le Roi a montré Lala Salma parce qu'il préparait le pays à autre chose. Pour dire aux Marocains que la femme moderne a sa place dans la famille, il faut la loger d'abord dans la première famille du pays. La visibilité de Lalla Salma a été l'argument silencieux d'une réforme du droit de la famille que le Maroc allait recevoir deux ans plus tard. Et quand la réforme a été acquise, le Palais a repris son silence.
Un règne qui devait se distinguer
Mohammed VI monte sur le Trône en juillet 1999, à trente-cinq ans, après un règne de trente-huit ans dont il doit à la fois assumer l'héritage et marquer la différence. Les premiers gestes sont connus : le limogeage de Driss Basri, le retour des exilés, l'Instance Équité et Réconciliation. Le mariage de 2002 appartient à cette série. Ce qu'il a précisément inventé, à quelle date, et ce que le calendrier révèle, c'est ce qui suit.
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