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Les coranistes gagnent du terrain au Maroc : ce n'est pas un retour au Coran, c'est une réaction au salafisme rigoriste d'inspiration wahhabite

10 sept.
4 min de lecture

Ils rejettent les hadiths, ne gardent que le texte et remplissent les réseaux. Une autre religion a connu le même schisme il y a douze siècles, et sa fin dit ce qui attend celui-ci. Le Maroc, lui, dispose d'une réponse que peu de pays de la région possèdent.

les coranistes

Un jeune Marocain filme son téléphone et déclare qu'il ne croit qu'au Coran. Pas aux hadiths, pas aux imams, pas aux quatre écoles. Il y a dix ans, on l'aurait traité de fou ou d'apostat. Aujourd'hui, il a des dizaines de milliers d'abonnés et des centaines de commentaires qui disent : moi aussi. Ce phénomène a un nom, les coranistes, et il ne vient pas d'où l'on croit.


Le coraniste tient que le Coran se suffit. Les hadiths, ces paroles attribuées au Prophète et compilées deux siècles après lui, ne sont pour lui que des récits d'hommes, faillibles, contradictoires, parfois fabriqués. Il prie, il jeûne, il croit. Mais il refuse que la religion soit gouvernée par des recueils que Dieu n'a pas dictés. En face, l'ensemble du sunnisme, rite malikite compris, répond qu'on ne peut pas comprendre le Coran sans la tradition qui l'explique, et que retirer les hadiths, c'est retirer la prière elle-même.


Ma thèse : le coranisme marocain n'est pas une renaissance. C'est un rejet. La génération qui a grandi avec les chaînes satellitaires des années 2000 a reçu un islam saturé de hadiths, d'interdits, de prêcheurs venus d'ailleurs. Le salafisme rigoriste d'inspiration wahhabite a tellement occupé l'espace que la seule sortie que certains ont trouvée est de tout jeter, sauf le texte.


Le fait qui prouve que le mouvement a franchi le seuil : en octobre 2017, un chercheur de Marrakech, Rachid Aylal, publie « Sahih al-Boukhari, la fin d'une légende ». Le livre conteste le recueil de hadiths le plus vénéré du sunnisme. Un tribunal marocain l'interdit. Un an plus tard, la police démantèle une cellule qui voulait tuer l'auteur.


Ce schisme a un précédent vieux de douze siècles, dans une autre religion. Il dit comment cela finit, et pourquoi le Maroc a une carte que ses voisins n'ont pas.

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