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Le jour de l'Aïd 1968, Hassan II a envoyé Oum Kalthoum fêter le mouton chez un coursier d'un quartier populaire de Rabat. Elle en est sortie en larmes, et a laissé filmer ses concerts.

12 sept.
5 min de lecture

En mars 1968, Oum Kalthoum, la plus grande voix de la région, vient chanter à Rabat pour la première fois. Elle a 64 ans, elle refuse les caméras depuis toujours, et le billet coûte 300 dirhams, le salaire d'un mois pour beaucoup. Hassan II l'a invitée. Pendant son séjour tombe l'Aïd al-Adha, la fête du mouton. Le Roi lui fait porter deux moutons à son hôtel, puis, sur son ordre, une Jeep l'emmène à Akkari, un quartier ouvrier de Rabat, frapper à la première porte venue. Ce qui se passe derrière cette porte a fait entrer les concerts de Rabat dans l'histoire de la télévision.

oum kalthoum rabat

Voilà ma thèse, et je la pose avant d'aller plus loin. La visite d'Oum Kalthoum en 1968 n'est pas un souvenir de mélomanes. C'est un acte politique de Hassan II, dans un royaume alors sous état d'exception, un an après la défaite des armées de la région face à Israël : faire venir la voix de l'Égypte au Maroc, la faire écouter aux pauvres comme aux riches, et obtenir d'elle ce qu'aucune capitale n'avait obtenu. Le Roi a gagné sur les trois tableaux.

Ce qu'il a fallu pour qu'elle pleure, ce qu'il a fallu pour qu'elle cède, et ce qu'Abdel Wahab a chanté ensuite à Marrakech contre son gré, c'est ce que je vais vous montrer.

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