Le 19 août 1985, Hassan II a fait parler un pape à 80 000 jeunes musulmans dans le stade de Casablanca
Aucun chef d'État musulman n'avait jamais invité un pape à s'adresser à sa jeunesse. Ce que le Commandeur des croyants y gagnait, et ce que son fils en a fait sous la pluie de Rabat trente-quatre ans plus tard.

Le lundi 19 août 1985, dans le stade Mohammed V de Casablanca, Hassan II monte à la tribune devant 80 000 jeunes Marocains. Il ne parle pas longtemps. Il présente l'homme en blanc assis à côté de lui, Jean-Paul II, et lui laisse le micro. Le pape parle en français, de Dieu, des jeunes, du dialogue entre chrétiens et musulmans. Il le dit lui-même dès les premières phrases : il rencontre souvent des jeunes, en général des catholiques, et c'est la première fois qu'il se trouve devant des jeunes musulmans.
Aucun chef d'État musulman n'avait jamais offert cela à un pape. Pas une visite protocolaire, pas une cathédrale : un stade plein de sa propre jeunesse, et la parole.
Voilà ma thèse, et je la pose avant d'aller plus loin. Le Maroc est le seul pays musulman où le chef de l'État est aussi chef religieux, et c'est précisément pour cela qu'il a pu faire monter un pape à la tribune sans se renier.
Hassan II n'a pas reçu Jean-Paul II malgré son titre de Commandeur des croyants. Il l'a reçu grâce à lui. Là où d'autres États auraient dû demander la permission à leurs clercs, le Roi était la permission.
Ce que le Roi avait obtenu à Rome cinq ans plus tôt, ce qu'il a exactement dit à la foule ce lundi-là, pourquoi 1985 était la pire année possible pour un geste pareil, et la phrase que son fils a prononcée devant un autre pape, le 30 mars 2019, sur l'esplanade de la Tour Hassan : c'est ce que je vais vous montrer.
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