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Le Maroc parle à Israël depuis soixante ans. Décembre 2020 n'a fait que le rendre public.

25 août
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 sept.

Coopération avec les services israéliens dès le début des années soixante sous Sa Majesté le Roi Hassan II. Négociations secrètes hébergées sur le sol du Royaume en 1977. Et en juillet 1986, un Premier ministre israélien arrivant déguisé à Ifrane pour un sommet que personne ne devait connaître. La normalisation n'a rien inauguré. Elle a officialisé un demi-siècle de fiabilité.

maroc israel

Chaque fois qu'un plateau parle de la normalisation, la même phrase revient : le Maroc a normalisé en 2020. Comme si tout partait de là. Comme si un Royaume de douze siècles avait découvert Israël un jeudi de décembre parce qu'un président américain sortant cherchait un héritage.


Le premier canal remonte à soixante ans. Et ce n'est pas une nuance de calendrier, c'est un contresens sur toute la diplomatie marocaine.


Ce qui commence dans les années soixante

La coopération entre les services de renseignement marocains et le Mossad remonte au début des années soixante, sous le règne de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II. Ce n'est plus un secret depuis longtemps : ouvrages d'investigation, mémoires d'anciens agents et documents déclassifiés l'ont documentée en détail.


Le spectre couvert est large et il a suivi les époques. Partage de renseignement sur les menaces subversives du temps de la Guerre froide, puis sur le terrorisme asymétrique et la menace iranienne. Formation technique d'agents marocains. Opérations conjointes dans des pays tiers. Fourniture d'équipements sophistiqués.

Soixante ans. Pas cinq.


Le drame qui a tout déclenché

Avant 1961, l'émigration vers Israël était officiellement interdite par les autorités marocaines, sous la pression de la Ligue arabe. Les départs se faisaient donc dans la clandestinité, souvent via des réseaux du Mossad, notamment le réseau Misgeret, qui faisaient transiter les familles par l'Espagne ou Gibraltar dans des conditions périlleuses.


Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1961, le navire Egoz quitte secrètement la côte près d'Al Hoceima avec quarante-quatre émigrants juifs marocains à bord, en majorité des femmes et des enfants. Il sombre dans une tempête. Aucun survivant parmi les passagers.

Les corps rejetés sur les plages provoquent un scandale international. Pour le Palais, c'est un électrochoc : la politique d'interdiction ne fait qu'alimenter des réseaux de passeurs et tuer des citoyens marocains.


Le calcul de Hassan II

De ce drame naît l'Opération Yakhin, entre 1961 et 1964. Environ cent mille Juifs marocains émigrent vers Israël, dans un cadre négocié, avec l'accord de Sa Majesté le Roi Hassan II.

Il faut mesurer ce que cela signifie. Un jeune souverain, confronté à des pressions internes et régionales considérables, choisit d'encadrer plutôt que d'interdire. Ce n'est pas un renoncement. C'est un arbitrage : la vie de ses sujets avant la posture diplomatique.

Et je vais être précis, parce que la formule compte : le Maroc n'a pas vendu ses Juifs. Il a assumé leur liberté de mouvement, et ce faisant il a verrouillé pour toujours leur allégeance mémorielle au Trône. On en voit encore la trace aujourd'hui dans les synagogues marocaines de Netanya, de Brooklyn, de Montréal, où le portrait du Souverain trône au milieu des prières sans que personne ne l'ait jamais exigé.


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