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Pinhas Cohen, le chanteur juif qui faisait danser tout le Maroc, et que la rumeur a accusé de financer Israël

28 août
4 min de lecture
pinhas cohen

En novembre 2000, un tribunal marocain condamne un chanteur pour transfert illégal de devises. Le dossier est ordinaire. En quelques semaines, la rue en fait autre chose : une affaire de trahison. Le chanteur s'appelle Pinhas Cohen, il est juif, et il avait chanté devant trois rois.

Il y a une génération de Marocains, juifs et musulmans, qui le reconnaît aux trois premières notes de Zine li âtak Allah. Elle a un nom pour cette période. Elle dit : « l'époque de Pinhas. »


L'homme

Pinhas Cohen naît à Casablanca en 1960. La famille vient de Fès. Le père, Azar Cohen, est luthiste. Pas musicien de métier : un homme qui gagne sa vie autrement et qui anime les mariages et les henné du quartier.

Le fils monte sur scène à sept ans, avec lui. À seize ans, il dirige son propre groupe.

Il chante en quatre langues : darija, arabe, hébreu, français.

Ces quatre langues ne sont pas un détail. Elles dessinent son marché. La darija pour la fête marocaine. L'arabe pour le Machrek. L'hébreu pour la liturgie. Le français pour la diaspora de Paris et de Montréal.


Deux métiers en un seul homme

C'est là qu'il devient intéressant.

Pinhas Cohen chante les piyoutim séfarades, la poésie liturgique hébraïque, celle des grandes hilloulot. Registre religieux, où l'erreur ne pardonne pas.

Et le même homme chante le chaâbi et le chgouri, le répertoire festif. Kaftanek mahloul. Ghir ana ou yak. Gouli alach kouitini.

Partout ailleurs, ce sont deux métiers. Deux publics, deux règles, deux économies. Le chantre de synagogue d'un côté, le chanteur de bal de l'autre. Cherchez l'équivalent en France ou en Israël : vous ne le trouverez pas.

Au Maroc, c'était un seul homme. Et personne n'y voyait de contradiction.

Voilà l'argument. On ne tient pas les deux bouts d'une soirée s'il y a deux mondes séparés. On le fait parce qu'il n'y en a qu'un.


La génération d'après Mwijo

Dans Le Maroc, ses Juifs et Israël, je consacre une question entière à Cheikh Mwijo — Moshe Attias, né à Meknès en 1937, maître du luth, dont les cassettes tournaient dans les cafés musulmans de Casablanca à Tanger dans les années 1960 et 1970.

Pinhas Cohen est la génération suivante. Mwijo avait installé la preuve. Pinhas l'exporte. Il enregistre à l'étranger, tourne sur le circuit des mariages de la diaspora marocaine, de Paris à Montréal, de Casablanca à Tel-Aviv.

Il chante pour Hassan II. Puis pour Mohammed VI. Et lors d'une tournée au Moyen-Orient, il est invité à chanter devant le roi d'Arabie saoudite.

Relisez cette dernière ligne. Un chanteur juif marocain, des décennies avant les Accords d'Abraham, devant le souverain saoudien. La musique marocaine passait là où la diplomatie ne passait pas encore.


Novembre 2000

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