Le sultan protégeait les Juifs. Contre qui ?
Dernière mise à jour : 27 août
Si le trône garantissait la sécurité des Juifs marocains pendant douze siècles, c'est qu'une menace existait. Personne n'ose la nommer. Le tritel de Fès en 1912, Oujda et Jerada en 1948 : les dates de ces massacres répondent d'elles-mêmes, et la réponse n'est pas celle qu'on redoute.

Il y a une question qu'on ne me pose jamais en public, et qu'on me pose systématiquement en privé.
Je passe mon temps à expliquer que le sultan protégeait les Juifs marocains. Que le quartier juif était collé au palais. Que le trône était le garant de leur sécurité physique.
Très bien. Mais protection contre qui ?
Parce que la logique est implacable. On ne protège pas quelqu'un contre rien. Si un souverain devait garantir la sécurité d'une communauté, c'est qu'il existait une menace. Et cette menace, dans un pays majoritairement musulman, ne pouvait venir que d'une seule direction.
Refuser de répondre à ça, c'est laisser tout l'argument s'effondrer. Alors répondons.
Oui, il y a eu du sang
Commençons par ne rien cacher.
Le 17 avril 1912, à Fès, des troupes marocaines se mutinent et le mellah est mis à sac. Entre quarante-deux et cinquante et un Juifs sont tués selon les sources. C'est le tritel, et c'est le pire massacre antijuif de l'histoire moderne du Maroc.
En juin 1948, à Oujda et Jerada, environ quarante-quatre personnes perdent la vie, dont trente-neuf Juifs. C'est le choc le plus violent subi par la communauté juive marocaine au vingtième siècle.
En 1834, Sol Hatchouel, dite Soulika, une jeune fille juive de Tanger, est exécutée à dix-sept ans pour avoir refusé d'abjurer sa foi. Elle est devenue une sainte de la tradition juive marocaine, et son tombeau à Fès reçoit encore des pèlerins.
Sous les Almohades, aux douzième et treizième siècles, il y a eu des conversions forcées.
Voilà. Ce n'est pas un conte de fées, et le prétendre serait une insulte à ceux qui sont morts.
Maintenant, regardez les dates. C'est là que quelque chose apparaît, et une fois qu'on l'a vu, on ne peut plus ne pas le voir.
Dix-huit jours
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