Un Juif marocain installé à Tel-Aviv est-il encore marocain ?

La réponse à cette question dit probablement plus de notre identité nationale que cent discours sur la « marocanité ». Et elle tient dans un mot que beaucoup de Marocains commencent seulement à découvrir : Tamaghrabit.
Prenez une famille juive originaire de Fès.
Les grands-parents parlaient darija. La grand-mère préparait la dafina. Les mariages se faisaient au son de mélodies marocaines. Les ancêtres sont enterrés au Maroc. Les noms de famille, les bénédictions, les recettes, les expressions, parfois même les superstitions portent encore la trace du Royaume.
Puis la famille part.
Casablanca devient Montréal.
Essaouira devient Paris.
Fès devient Ashdod.
Deux générations passent.
Les petits-enfants parlent hébreu, français ou anglais. Ils ne possèdent peut-être plus de passeport marocain. Certains ne sont même jamais revenus au Maroc.
Alors posons la question jusqu’au bout :
sont-ils encore marocains ?
Et maintenant compliquons-la.
Un Rifain qui ne parle presque plus tamazight est-il moins marocain ?
Un Casablancais arabophone est-il plus arabe que nord-africain ?
Un Sahraoui possède-t-il une marocanité différente de celle d’un Fassi ?
Un Marocain athée cesse-t-il d’appartenir à la même histoire parce qu’il ne partage plus la foi majoritaire ?
À partir de quel moment cesse-t-on d’être marocain ?
La langue ?
La religion ?
Le lieu de naissance ?
Le passeport ?
Le sang ?
Il existe un mot qui oblige à répondre à toutes ces questions en même temps.
Tamaghrabit.
Et c’est précisément pour cela qu’il est beaucoup plus intéressant que sa traduction habituelle par « marocanité ».
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