Ibn Khaldoun l’avait compris en 1377 : un État s’affaiblit quand son peuple ne sait plus dire « nous »
Dans la Muqaddimah, Ibn Khaldoun donne un nom à la force invisible qui fait naître les puissances puis disparaît lorsqu’elles s’installent dans le confort : l’ʿasabiyya. Sept siècles plus tard, son intuition permet de comprendre pourquoi le patriotisme reste une question centrale pour la cohésion d’un pays.

1377
Ibn Khaldoun s’est retiré à Qalʿat Ibn Salama. L’homme a vu les cours, les intrigues, les changements de pouvoir, les alliances qui se font et se défont. Dans cette retraite, il commence à mettre en ordre une question immense : pourquoi certaines dynasties surgissent-elles avec une force extraordinaire avant de finir, quelques générations plus tard, par s’affaiblir ?
Sa réponse n’est pas seulement militaire. Elle n’est pas seulement économique. Elle ne tient même pas d’abord à la personnalité du souverain.
Ibn Khaldoun regarde ce qui existe entre les hommes.
Il appelle cela ʿasabiyya.
Le mot peut être traduit imparfaitement par esprit de corps, solidarité collective, sentiment d’appartenance. C’est ce qui transforme une addition d’individus en un groupe capable de défendre quelque chose ensemble. Dans sa pensée, cette cohésion joue un rôle majeur dans l’apparition du pouvoir politique et dans la capacité d’un groupe à durer.
Et c’est peut-être ici que cet homme du XIVe siècle devient étrangement contemporain.
Parce qu’avant de se demander si un pays est riche, puissant ou moderne, Ibn Khaldoun nous obligerait probablement à poser une question beaucoup plus élémentaire :
ses habitants pensent-ils encore appartenir à une même histoire ?
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