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Le jour où j'ai vu mon père pleurer : la mort de Hassan II et les sept jours de deuil observés en Israël

28 août
4 min de lecture
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J'avais sept ans.

Je me souviens du silence. Les rues vides, les rideaux de fer baissés, les commerces fermés. Une ville entière qui s'arrête. Et le soir, une tristesse qu'on pouvait sentir dans l'air, comme une chose physique.

Mais ce qui m'a marqué, ce n'est pas la rue. C'est mon père.

Mon père ne montrait jamais ses émotions. Jamais. C'était un homme de sa génération, de cette école-là. Ce jour de juillet 1999, je l'ai vu pleurer.

Je n'ai pas compris tout de suite. Un enfant de sept ans ne comprend pas la politique, ne comprend pas ce qu'est un règne, ne sait pas ce que représente trente-huit ans d'histoire. Mais il comprend parfaitement une chose : quand son père pleure, quelque chose d'immense vient de se produire.

C'est ce jour-là que j'ai saisi, sans les mots pour le dire, ce que le Roi représentait pour les Marocains.


Les faits

Hassan II s'éteint le vendredi 23 juillet 1999, à seize heures trente, à Rabat. Il a soixante-dix ans.

La journée avait commencé mal. Vers quatre heures du matin, pris de frissons et de troubles du rythme cardiaque, il est conduit à la clinique du palais. Ses médecins ne s'alarment pas outre mesure. Vers midi, il perd connaissance. Transféré à l'hôpital Avicenne, il ne se réveillera pas.

Il régnait depuis 1961. Trente-huit ans.


Le dimanche 25 juillet

Le cortège traverse Rabat jusqu'au mausolée Mohammed V, où repose déjà son père. En tête, un carrosse doré tiré par quatre chevaux blancs porte la couronne alaouite. Derrière, des dignitaires en burnous blancs. Puis une jeep militaire découverte, et le cercueil enveloppé de l'étoffe verte brodée d'or.

Immédiatement derrière la dépouille marchent deux hommes : Sidi Mohammed, devenu Mohammed VI, et son frère Moulay Rachid.

La presse du jour évoque plusieurs centaines de milliers de Marocains dans les rues.

Et derrière la famille royale, à pied, le monde entier marche.

Bill Clinton. Jacques Chirac. Kofi Annan. Juan Carlos d'Espagne. Le prince Charles. Le roi Abdallah II de Jordanie. Hosni Moubarak. Abdelaziz Bouteflika. Une vingtaine de chefs d'État africains.

Et Yasser Arafat.

Et le Premier ministre israélien Ehud Barak, en fonction depuis trois semaines à peine. Et le président de l'État d'Israël, Ezer Weizman.

Ils marchent tous derrière le même cercueil. Le même jour. Dans la même rue.

En marge des obsèques, une rencontre à trois se tient entre Clinton, Arafat et Barak. Le processus de paix se poursuit littéralement dans les couloirs d'un enterrement marocain.

Rendez-vous compte de ce que cela signifie. Il n'existait alors aucun autre endroit sur terre où ces hommes-là pouvaient se retrouver ensemble, en public, sans que personne n'y trouve à redire. Aucun. Un seul pays offrait ce terrain, et c'était le nôtre.


Ce que je n'ai appris que bien plus tard

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