Al Hoceima : le Maroc face à l’épreuve du Hirak

En 2016, la mort de Mouhcine Fikri déclenche une contestation qui dépasse rapidement le Rif. Mais l’histoire du Hirak raconte aussi autre chose : comment le Maroc a été confronté aux retards de sa propre administration et à l’exigence de rendre des comptes.
Le 28 octobre 2016, à Al Hoceima, Mouhcine Fikri meurt dans des circonstances terribles en tentant de récupérer une marchandise confisquée jetée dans une benne à ordures.
L’image choque le Maroc.
Dès le lendemain, des habitants descendent dans la rue. Puis la mobilisation grandit. Ce qui était d’abord la colère provoquée par la mort d’un homme devient autre chose : une accumulation de revendications sur l’hôpital, l’emploi, l’école, les infrastructures, l’administration et le développement de toute une province. Le CNDH consacrera plusieurs années plus tard un rapport entier à ces douze mois de protestations.
On peut raconter cet épisode uniquement comme une confrontation entre le Rif et l’État.
Ce serait passer à côté de ce qu’il révèle de plus intéressant sur le Maroc.
Car au moment même où Al Hoceima proteste contre son sentiment de marginalisation, l’État marocain a déjà engagé dans la province l’un des programmes territoriaux les plus importants de cette période. Le problème qui va apparaître n’est donc pas seulement celui de l’argent.
C’est celui de l’exécution.
Et cette différence va transformer une crise locale en affaire nationale.
Derrière le mur : pourquoi des milliards déjà engagés n’ont pas suffi à empêcher la colère, comment les retards administratifs ont été établis, pourquoi plusieurs responsables ont perdu leurs fonctions et ce que le Hirak révèle du rapport très marocain entre autorité, responsabilité et reddition des comptes.
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