Pourquoi le zellige marocain montre-t-il si peu de visages ?

On répond souvent : « parce que l’islam interdit les représentations humaines ». C’est trop simple. Le zellige marocain est né de la rencontre entre une prudence religieuse envers la figuration, une tradition géométrique beaucoup plus ancienne, les possibilités techniques de la céramique et plusieurs siècles de transmission artisanale.
Fès, milieu du XIVe siècle.
Dans la médersa Bou Inania, achevée sous les Mérinides, un artisan doit couvrir un mur.
Il ne peint pas une scène.
Il ne dessine pas un souverain.
Il construit une géométrie.
Le panneau aujourd’hui conservé au musée Batha est composé de morceaux de céramique vernissée découpés puis assemblés. Les motifs géométriques portent des noms précis. Les artisans doivent connaître leurs dimensions et leurs proportions pour que des dizaines de fragments finissent par produire une composition parfaitement cohérente.
On pourrait croire que la réponse à notre question se trouve entièrement dans la religion.
Ce serait une erreur.
Car l’art islamique n’a jamais été entièrement dépourvu d’êtres humains ou d’animaux.
Le Metropolitan Museum rappelle que la représentation figurative a existé dans de nombreuses cultures islamiques, particulièrement dans les contextes séculiers, les objets et les manuscrits. La réserve est beaucoup plus forte dans l’architecture religieuse.
Le vrai sujet n’est donc pas :
Pourquoi l’islam aurait-il interdit les images ?
La vraie question est :
Pourquoi l’architecture marocaine a-t-elle transformé l’absence du visage en un système décoratif aussi sophistiqué ?
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